· 

Catholique ou évangélique?

Trindade (GO) près de Goiania
Trindade (GO) près de Goiania

Catholiques et évangéliques au Brésil

Bien que le Brésil soit un pays officiellement laïc, la religion fait partie de la vie quotidienne. Les brésiliens sont très croyants. Comment expliquer que face à la défaillance du secteur public en matière de santé ou d’éducation, face aux problèmes d’insécurité ou de chômage, les brésiliens restent optimistes, gardent le sourire et prennent la vie du bon côté? Une seule réponse : “confiance en Dieu!”

 

Il s’agit d’une réelle ferveur, d’un sentiment très puissant qui anime la plupart des brésiliens dans leur vie de tous les jours. Le Brésil est un pays profondément croyant. Dieu est le “grand” Père, et tous le remercient de pouvoir vivre. Cela peut faire sourire certains mais c’est une réalité. Notre mode de vie de nantis en Europe occidentale, orientée vers le matérialisme et l’individualisme, nous a appris à vivre et à accepter notre finitude sans Dieu. Les brésiliens nous rappellent qu’il existe d’autres façons d’appréhender la vie. Je parle de la vraie vie, de la vie au quotidien, pas de discussions stériles entre croyants et non croyants.

 

Mais revenons au Brésil et en particulier au dimanche matin. A la télévision, il est difficile de trouver une chaîne qui ne diffuse pas un programme religieux ou une messe. Une des plus importantes chaînes du pays, Record, appartient aux évangélistes, de plus en plus nombreux dans le pays.

 

Lors des messes, les églises sont réellement prises d’assaut. Lorsque dans le quartier de Vila Canaa que je connais bien à Goiânia (tiens, un nom biblique), la circulation est difficile et qu’il est impossible de trouver une place pour garer sa voiture, je sais qu’il y a un office à l’église de la Sagrada Familia, que pourtant jouxte un parking grand comme un terrain de football. Et dans les environs de l’église catholique, il y a plusieurs dizaines (j’ai bien regardé ces derniers jours, il y a en partout) de lieux de culte évangéliste, plus précisément pentecôtiste.

 

Fin 2014, le centre de recherche américain Pew Research Center (principale source des données sur la religion en Amérique) a publié une étude très fouillée sur l’évolution des religions des pays d’Amérique latine. En 1970, 92% de la population brésilienne était catholique et en 2014, il n’y en avait plus que 61%. Cette forte diminution s’explique par la conversion de nombreux brésiliens au protestantisme et en particulier au pentecôtisme. Selon l’étude précitée, en 2014, 26% de la population était de religion protestante, contre 5% en 1970. Notons que la part des protestants traditionnels (luthériens, baptistes et méthodistes) est demeurée stable.

 

Le pentecôtisme est la variante exaltée de l’évangélisme, un peu comme les charismatiques du côté catholique. Ce mouvement religieux protestant, né au début du 20e siècle aux États-Unis met en avant l'efficacité de l'action divine, qui se manifeste dans le monde par les miracles, les guérisons et le parler des langues. Ce mouvement n’est ni unifié ni centralisé et il existe une myriade de petites Églises, abritées dans tous types de locaux, ancien garage ou commerce désaffecté. Ici, à Goiânia, il y en a des centaines.

 

L'attente d'un retour imminent du Christ et le sentiment de proximité de la fin du monde imposent une urgence de témoignages démonstratifs et un fort prosélytisme. Un point d’ancrage et de repère pour un nombre croissant de brésiliens, notamment pour les plus démunis et les exclus. L'importance du charisme personnel du prédicateur doué de dons miraculeux de guérison prend bien souvent le pas sur le texte biblique.

 

J’ai pris la peine de regarder quelques émissions sur différentes chaînes de télévision ainsi que des publireportages de divers pasteurs pentecôtistes. Les discours sont toujours les mêmes, assénés par de véritables professionnels du marketing et de la communication, chaque phrase étant ponctuée par “au nom de Jésus Christ”. C’est maintenant, tel jour à telle heure dans leur Église particulière, que vos problèmes vont disparaître : maladies incurables, problèmes d’argent ou d’emploi, addiction à la drogue ou à l’alcool, problèmes psychologique ou familial. Toutes les affectations possibles sont énumérées! Pour les populations délaissées, il est difficile ne pas être attiré par le charisme et le pouvoir de conviction, témoignages et force cris à l’appui, de ces prédicateurs.

 

L’activité est très rentable, il suffit d’un local, de chaises en plastique, d’un clavier et d’une guitare électrique pour démarrer, au nom de Jésus Christ bien entendu. Sans formation mais avec des talents de communicateur et un fort charisme vous devenez le fondateur d’une Église. Car à la sortie, Il ne suffit pas de déposer quelques pièces dans un panier mais de verser le dixième de ses revenus pour sceller son appartenance à une Église pentecôtiste.

 

Mais il faut le dire, ces Églises (ces sectes?), sont bien plus proches des gens et plus impliquées dans leur vie que ne le sont les institutions publiques ou l'Eglise catholique. La théologie de la libération des année 1960-1970 où l’action de l’Eglise catholique était orientée vers les plus pauvres en Amérique latine, n’est plus qu’un vague souvenir. La place était à prendre et les évangélistes ont intelligemment saisi l’opportunité. Très clairement ce courant religieux ne progresse pas pour des raisons théologiques, c'est une question d’ordre sociologique. Le culte est un véritable spectacle (au contraire des messes catholiques), rythmé par des chants et d'impressionnantes séances d’imposition des mains pour guérir les corps et chasser les démons. Et les témoignages sont omniprésents, chacun décrivant son miracle.

 

Pour les brésiliens qui doivent affronter une vie de plus en plus ardue, le choix est vite fait entre un brave curé en soutane qui ânonne une litanie et serine qu’il faut porter sa croix dans la vie ici-bas pour mériter la vie éternelle et, un fringant show man qui vous annonce que MAINTENANT, au nom de Jésus Christ, vos problèmes vont disparaître, vos vœux seront exaucés et vos péchés pardonnés.

 

D’après certaines projections, le nombre d’évangélistes au Brésil devrait dans une quinzaine d’années atteindre le nombre de catholiques.

 

Jean-Pol Rihoux