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Le Cerrado, entre agrobusiness et biome en état d’urgence

Salto de Corumba, près de Pirenopolis
Salto de Corumba, près de Pirenopolis

Le Cerrado (qui signifie fermé, d’accès difficile) occupe le plateau central du Brésil sur deux millions de km2, soit près du quart du territoire national. Il s’agit d’un ensemble disparate de savanes de prairies, de savanes arborées et de petites chaînes montagneuses qui culminent à 1.800 mètres. On y trouve une végétation unique au monde, une végétation sèche et dure de maquis avec des arbres tortueux à l’écorce épaisse.

 

Cette savane connaît une saison sèche et une saison humide. Durant la saison humide, de novembre à avril, de violentes pluies s’abattent sur les sols. Les espaces naturels formés de plantes typiques aux racines très profondes, retiennent l’eau et permettent son infiltration dans les sols. Ainsi, les nappes phréatiques se remplissent abondamment. Le Cerrado est le château d’eau du Brésil, ses 20.000 sources irriguent 8 des 12 régions hydrographiques du pays. Des eaux jaillissent et de nombreuses et impressionnantes cascades et chutes d’eaux sont à compter parmi les plus beaux paysages du pays.

 

La saison sèche qui dure de mai à octobre, est particulièrement aride. Dans certaines régions, il peut ne pas pleuvoir durant toute cette saison. Malgré cela, les nappes phréatiques continuent à libérer de l’eau en continu. Depuis plus de 3 mois, il n’est plus tombé une seule goutte d’eau ici à Goiânia, au cœur du Cerrado et pourtant il n’y a aucune restriction quelconque en ce qui concerne l’arrosage des pelouses ou des jardins.

 

Le Cerrado est présenté comme une forêt amazonienne “à l’envers” dont le potentiel de captation de carbone, provient non pas de sa partie aérienne très réduite, mais d’un système racinaire très développé du fait des sécheresses et des mises à feu récurrentes pour la fertilisation des sols. La plupart des espèces végétales y sont adaptées et les écorces des arbres ont développé une forte résistance à ces conditions extrêmes.

 

A partir des années 1930, les autorités brésiliennes ont voulu développer et peupler (fondation de Goiânia en 1933 et de Brasilia en 1960) ces immenses territoires du Cerrado quasiment inoccupés. Les vastes étendues planes étaient propices à l’agriculture et les sols furent améliorés par l’apport de fertilisants. D’intenses programmes de défrichements des terres furent menés. Aujourd'hui 50% de la couverture originelle a été défrichée et convertie en zone de pâturage ou de cultures. Le Cerrado est le grenier du Brésil, la région fournit plus de la moitié de la production agricole et de viande bovine du pays.

 

Vers la fin des années 1990, cet espace voué à l’agriculture intensive et à la déforestation massive a soudainement été porté au centre des préoccupations environnementales. Et au début des années 2000, il a été requalifié en biome. Le biome est défini comme un ensemble d'écosystèmes caractéristiques d’une aire biogéographique et nommé à partir de la végétation et des espèces animales qui y prédominent et s’y sont adaptées.

 

La Conférence du Climat de Copenhague en 2009 a par la suite contribué à transformer cet espace en un des hauts lieux de la biodiversité. Il est ainsi devenu, à côté de l’Amazonie qui monopolisait jusqu’ici l’attention internationale, un nouvel objet de protection environnemental.

 

Le contrôle de la déforestation de l’Amazonie, lié au sort réservé aux populations amérindiennes a fait depuis longtemps l’objet de multiples pressions et de protestations internationales, assortis d’un large battage médiatique. Résultat : 50 % de son territoire est sous protection. Cela n’a pas été le cas pour le Cerrado qui représentait un terrain plus adapté à la production agricole. Ainsi, au fil du temps, la protection de l’Amazonie a entraîné l’expansion de l’agrobusiness du Cerrado. Entre 2000 et 2010, le taux moyen annuel de défrichement du Cerrado a été deux fois supérieur à celui de l’Amazonie. Et en 2010, 50% de sa couverture originelle avait été défrichée.

 

Aujourd’hui, le Cerrado est considéré comme le biome le plus menacé d’Amérique du Sud. Il fait partie des 34 “hot spots” consacrés par l’organisation de protection de la biodiversité “Conservation International”. On retrouve aussi le Cerrado dans les 200 “Global Ecoregions” du WWF, le Cerrado y est même désigné comme l’écosystème de savane le plus diversifié du monde.

 

Jean-Pol Rihoux

 

Extrait de "52 chroniques pour découvrir le Brésil"