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L'économie brésilienne redémarre!


Il y a quelques jours, le ministre des finances Henrique Meirelles, appelait les pasteurs évangéliques à prier, ”Aidons le Brésil. Octobre, le mois des prières pour l'économie". Cela peut faire sourire mais ce n’est pas étonnant car face aux difficultés de la vie, les brésiliens répondent tous d’une seule voix : “Confiance en Dieu!”.

 

Pour la religion voyez ma chronique “Catholique ou évangélique” de fin juillet. Dans ce billet, je vais aborder pour la première fois un vaste sujet qui comprend l’ensemble des activités de production, de distribution et de consommation : l’économie!

 

Une première chose interpelle lorsqu'on vit au Brésil : dans la plupart des magasins les prix ne sont pas affichés. Pour une paire de chaussures, un article de décoration, une eau de toilette, pour des objets d'une valeur de quelques dizaines d’euros, l’étiquette apposée mentionne une mensualité à payer en 3 fois, 5 fois ou plus. Il est bien entendu possible de payer en une seule fois. Au moment d’introduire sa carte de crédit dans le sabot, le vendeur demande en combien de mensualités on souhaite payer. Pour chaque bien ou service et en fonction du prix, il y a plusieurs possibilités et une durée maximum. Le processus est automatisé pour les cartes de crédit des banques brésiliennes et ces cartes sont octroyées très généreusement sans devoir faire preuve de revenus quelconques!

 

Le salaire minimum (les travailleurs peu qualifiés, une majorité, perçoivent ce salaire) s’élève à 300 euros par mois. C’est également le montant minimum de la retraite. Ici il n’y pas de revenu d’insertion si ce n’est une “bolsa familia” d’une bonne cinquantaine d’euros par mois perçue par les quelques quatorze millions de familles les plus démunies du pays. Lorsqu’on sait que le coût de l’électricité ou de l’eau, par exemple, sont proches de ceux pratiqués en France ou en Belgique… Et en 2015, le pays a connu une hausse des prix à la consommation de 11%, puis de 6% en 2016.

 

Les disparités entre les salaires sont énormes. Par exemple, un substitut du procureur ou le maire d’une municipalité moyenne gagne par mois 7.500 euros, soit 25 fois le salaire minimum! Fin avril 2017, le taux de chômage était de 13,6%, plus de 14 millions de personnes cherchaient du travail. Et les indemnités de chômage sont limitées à une période de 5 mois. Depuis le mois de mai, le nombre de personnes sans emploi a diminué et, selon les derniers chiffres officiels publiés, le taux de chômage est maintenant de 12,6%, “sous l'impulsion des emplois créés dans l'économie informelle” d’après un rapport officiel. En clair des petits boulots à une centaine d’euros par mois. Voilà la réalité au quotidien!

 

Une réalité que préfèrent ignorer les économistes des grandes banques et les patrons des groupes internationaux qui depuis quelques jours s’extasient. Le Brésil avait connu une chute du PIB de 3,6% en 2016 et 3,8% en 2015. Et pour 2017, la prévision d’un taux de croissance positif est passé de 0,5% à 0,7%. Pour mémoire, le PIB, le produit intérieur brut mesure la valeur de la production de richesses d'un pays, la valeur de la production de biens et de services. Alors, champagne pour tous?

 

Dans le journal économique français “Les Echos” du 24 septembre dernier, le chef économiste d’une grande banque française, fin connaisseur de la vie sociale et politique du Brésil, déclarait malgré le record d'impopularité du président Temer et de ses réformes : “Cette fois-ci, c'est parti ! l’économie peut faire la différence. Si la croissance est plus robuste, la sensation de bien-être de la population va se renforcer et cela va dans le sens de la poursuite des réformes structurelles”. Très satisfait, ce même monsieur poursuit “Le marché (nb : financier) compte sur la poursuite de cette politique économique”. Il s’agit en fait d’une réforme des retraites qui comme vous pouvez l’imaginer, est très impopulaire.

 

Et le patron d’un grand groupe français de boissons, observateur attentif des allées et venues de ses voisins, y allait également de son commentaire : “les consommateurs commencent à sortir davantage le soir. Dans le même temps, les gens consomment plus à la maison, ce qui se traduit par une augmentation de la demande dans la distribution”. Voilà qui devrait rassurer la plupart des brésiliens qui n’ont sans doute pas tout compris et, certainement rien compris des bienfaits liés à la bonne santé des marchés financiers.

 

Pendant ce temps dans l’État de Rio, les fonctionnaires ne sont plus payés faute d’argent, et les pensionnés ne perçoivent plus leur retraite. L’ancien gouverneur de cet État, grand amateur de palaces parisiens et familier des grands joailliers croupit en prison. On apprend que partout (dernièrement c’était dans le Mato Grosso, une région du bout du monde), les travaux pharaoniques d’aménagement d'infrastructures pour la coupe du monde de football et pour les jeux olympiques (la plupart sont aujourd'hui dans un État de délabrement total) ont fait l’objet d'incroyables surfacturations associées à des pots de vin destinés aux élus locaux. A faire saliver nos politiciens belges ou français! Et le prix de l’essence à la pompe vient d’augmenter du jour au lendemain de plus de 15%, tutoyant ainsi les prix européens.

 

A part cela, tout va bien… L’économie brésilienne redémarre!

 

Jean-Pol Rihoux

 

Extrait de "52 chroniques pour découvrir le Brésil"