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Le Brésil, garde-manger de la planète


La semaine dernière, j’avais entamé le chapitre sur l’économie. Dans cette chronique, nous allons passer en revue quelques secteurs d’activités, les secteurs les plus représentatifs de l’économie brésilienne ainsi que d’autres qui étonnent.

 

Commençons par situer le Brésil et son économie au niveau mondial. Le Brésil est le cinquième plus grand pays du monde tant par sa taille que par sa population. Le plus vaste pays du monde est la Russie et le plus peuplé, la Chine. En 2016, le Brésil occupait le neuvième rang des pays qui produisent le plus de richesses (le PIB, le produit intérieur brut), juste après l’Italie mais bien loin des deux géants mondiaux que sont les États-Unis et la Chine.

 

Par habitant, le PIB du Brésil est quatre fois moins élevé qu’en France ou en Belgique. Concernant le Brésil, cette donnée par habitant est fort biaisée tant les inégalités de revenus sont importantes entre riches et pauvres. Le Brésil fait partie des pays les plus inégalitaires de la planète selon “l’indice de Gini" qui mesure le degré d’inégalité de la distribution des revenus entre les personnes. Et Goiânia, dans un rapport de l’ONU sur l’État des villes du monde en 2010, obtient le classement peu flatteur de la ville la plus inégalitaire du Brésil selon ce coefficient. Oups!

 

Depuis la découverte du Brésil par les portugais en l’an 1500, l'activité principale a consisté à récupérer le bois-brésil (qui a donné le nom au pays) utilisé en Europe notamment pour produire un colorant. Dans la seconde moitié du 16e siècle, les premières exploitations de cannes à sucre furent créées dans la région de Salvador et par la suite, développées dans d'autres zones côtières du Brésil. Et jusqu'à la découverte des premiers gisements d'or et d'autres pierres précieuses dans les années 1690, l'économie brésilienne sera basée sur le sucre de canne.

 

Le 18e siècle sera marqué par la ruée vers l’or et l’exploitation des gisements d’or et de diamant. Dès les années 1760, les filons de métaux précieux commencèrent à s’épuiser et un nouveau cycle économique débuta alors. D’une économie minière dominante, le Brésil revint à une économie agricole, la canne à sucre, le café, le cacao, les cultures vivrières et l’élevage.

 

L’industrialisation du Brésil et plus particulièrement de l’État de São Paulo, commence dès la fin du 19e siècle. Les entrepreneurs étaient presque toujours des immigrants, italiens, portugais, libanais, syriens (voyez ma chronique “les origines de population brésilienne”), qui se sont établis à leur compte, après avoir d’abord travaillé comme ouvriers. Et la main d'œuvre était abondante : l’esclavage vient d’être aboli et les immigrants affluent. Les premières fabriques produisent des denrées alimentaires, des textiles et disposent d’un marché intérieur suffisant et en pleine expansion.

 

Voilà pour le côté historique, envisageons maintenant la situation actuelle. Aujourd’hui, le Brésil est le leader mondial ou occupe un des premiers rangs pour la production de nombreuses denrées alimentaires : un tiers de la production mondiale de café est issue du Brésil, 40% de la production mondiale de canne à sucre, 30% du soja, 25% de la production d’orange. Savez-vous que 80% des jus d’oranges consommés dans le monde sont d’origine brésilienne. Le Brésil occupe également les premiers rangs pour la viande bovine et les volailles, la production de maïs, de coton, de manioc ou de riz.

 

La balance commerciale agricole est fortement excédentaire, le secteur agricole représente d’ailleurs 40% des exportations du Brésil. Selon le rapport sur les perspectives agricoles 2015/2024 de l’ONU et de l’OCDE, le Brésil est en passe de devenir le plus grand fournisseur de produits alimentaires et agricoles au monde, détrônant ainsi les États-Unis.

 

Particularité intéressante, le Brésil a fortement développé la filière de l’éthanol, un biocarburant produit à partir de la canne à sucre. La quasi totalité des véhicules neufs vendus depuis de nombreuses années, sont hybrides. Les moteurs fonctionnent indifféremment avec de l’essence ou de l'éthanol. A la pompe, l’éthanol coûte 25% moins cher que l’essence -la consommation est plus élevée- et les deux carburants remplissent le même réservoir.

 

L’eau constitue également un des grandes richesses du pays. En effet, 15% des réserves d’eau douce de la planète se trouvent au Brésil. Et les réserves forestière brésiliennes sont les plus importantes du monde après la Russie.

 

Au Brésil, l'énergie électrique repose essentiellement sur l’hydroélectricité qui fournit près de 90% de la production totale d’électricité. Le pays possède le potentiel hydroélectrique le plus important du monde. La centrale hydroélectrique d’Itaipu, dans le sud du pays, à la frontière avec le Paraguay est la plus grande de la planète après celle du barrage des Trois Gorges en Chine. Ce gigantesque ouvrage a été élu en 1994, comme l'une des “sept merveilles du monde moderne” par “l’American Society of Civil Engineers” comme le tunnel sous la Manche ou le canal de Panama.

 

Aujourd’hui, le secteur industriel brésilien est de loin le plus important d'Amérique latine. Il se concentre toujours dans l'État de São Paulo. Certaines industries lourdes ont été implantées dans d'autres États, la pétrochimie dans les États de Bahia dans le nord-est et du Rio Grande do Sul dans le sud, l'exploitation minière dans le Pará ou encore la sidérurgie au Minas Gerais. Le Brésil dispose d'importantes ressources minérales, dont le minerai de fer, environ un tiers des réserves mondiales.

 

Le poids du secteur touristique dans l'économie reste peu important, en dépit des nombreux atouts du pays. Le nombre de visiteurs étrangers atteignait 5,4 millions en 2014, un chiffre bien loin de celui de la France, la première destination touristique mondiale, qui caracole en tête de ce classement depuis de nombreuses années, avec 85 millions de visiteurs annuellement. Et il y a plus de visiteurs étrangers en Belgique (7,4 millions 2014) qu'au Brésil. Il faut bien entendu relativiser les choses, le Brésil est un pays immense, presque aussi grand que l’Europe et planifier un voyage vers le Brésil, n’a rien à voir avec l’organisation d’un week-end à Rome ou à Barcelone. Le tourisme au Brésil est avant tout orienté vers le marché intérieur.

 

Jean-Pol Rihoux

 

Extrait de "52 chroniques pour découvrir le Brésil"