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L'Empire et l’abolition de l'esclavage - Histoire du Brésil, de 1822 à 1889

Drapeau de l'Empire du Brésil
Drapeau de l'Empire du Brésil

A la fin de l’épisode précédent, Dom Pedro, le fils du Roi du Portugal, qui a grandi au Brésil, refuse de rentrer au Portugal malgré les injonctions de son père. Le 7 septembre 1822, il déclare l’indépendance du Brésil, après 322 ans de domination portugaise. Il est proclamé premier empereur du Brésil sous le nom de Pierre Ier.

 

Empêtré dans les problèmes de succession du trône du Portugal où il entend imposer sa fille et ne pouvant gérer simultanément les affaires brésiliennes et portugaises, Pierre Ier abdique au profit de son fils et il embarque précipitamment pour le Portugal. Nous sommes en 1832 et le nouvel empereur du Brésil, Pierre II, est âgé de 5 ans!

 

Comme événement marquant du court règne du premier empereur du Brésil, mentionnons la guerre avec l’Argentine pour la possession de la province de La Plata, qui finalement deviendra indépendante sous le nom d'Uruguay. Ce petit pays (sa superficie équivaut à 6 fois celle de la Belgique) peu connu est situé entre le Brésil et l’Argentine et a été surnommé dans les années 1950 “la Suisse de l’Amérique du Sud”, en raison de son économie florissante et de sa qualité de vie.

 

Revenons dans les années 1830. L’empereur étant encore un jeune enfant, le pouvoir est confié à une régence subordonnée à l'Assemblée nationale qui va se révéler incapable de résoudre les conflits et les rivalités entre les politiciens. Alors lorsqu’en 1841, Pierre II âgé de quinze ans, est couronné empereur, il est accepté comme la figure d'autorité, la personnalité neutre au-dessus des factions politiques, dont la présence était indispensable à la survie du pays. Commence alors le long règne du second (et dernier) empereur du Brésil.

 

Son règne de près de 50 ans, fut marqué par deux grands épisodes de l’histoire du Brésil : la guerre contre le Paraguay et l’abolition de l'esclavage qui lui valut l’hostilité des grands propriétaires terriens et finalement sa destitution.

 

Fin 1864, le Paraguay profite de la situation conflictuelle en Uruguay où l’armée brésilienne était intervenue, pour attaquer le Brésil et tenter de se hisser au rang de puissance régionale à côté du Brésil et de l’Argentine. C'est le début d’un conflit à grande échelle en Amérique du Sud : la Guerre du Paraguay. Ce pays est enclavé dans les terres et son ouverture sur le monde passait par le Brésil, l'Argentine et l'Uruguay, c'est-à-dire par le fleuve Paraná et son estuaire, le rio de la Plata. Cette guerre va durer jusqu’en 1870 et opposer le Paraguay à une triple alliance, le Brésil, l’Argentine et l'Uruguay qui au final va terrasser l’assaillant.

 

Aujourd'hui encore ce conflit donne lieu à de nombreuses controverses, certains historiens révisionnistes accusant le Brésil et l’Argentine d’avoir voulu briser l’essor économique naissant du Paraguay et, d’avoir voulu exterminer une population majoritairement indienne. Les pertes furent terribles surtout du côté du Paraguay : 300.000 soldats et civils, soit la moitié de la population du pays à l’époque! Et du côté brésilien, 100.000 personnes ont perdu la vie et la guerre a coûté au pays l'équivalent de onze fois son budget annuel.

 

La fin victorieuse de la guerre avec le Paraguay marque le début de l'âge d'or de l'Empire du Brésil. L'économie brésilienne est en plein développement, des lignes de chemin de fer, des voies navigables et d'autres projets de modernisation sont lancés. Et la culture intensive du café est source de rentrées financières très importantes pour le pays. L'expansion économique du pays est comparable à celle des États-Unis et des pays européens. Il est le cinquième pays au monde à installer des égouts, le troisième à avoir un traitement des eaux usées et l'un des pionniers dans l'installation du téléphone. Le Brésil est également la première nation sud-américaine à adopter l'éclairage public électrique et à établir une ligne télégraphique transatlantique pour se relier directement à l'Europe.

 

Au niveau international, les Européens commencent à voir dans le régime politique du pays l'expression d’idéaux libéraux, avec la liberté de la presse et le respect constitutionnel des libertés civiles. A l’opposé des dictatures et de l'instabilité des autres nations d'Amérique du Sud au cours de cette période.

 

L'Empire lutte également contre l'esclavagisme et en 1871, il proclame que les enfants d'esclaves sont désormais libres à la naissance. L'esclavage brésilien est donc condamné à disparaître. C’est vers ces années que débute l’immigration massive d’européens non portugais, principalement les italiens (voir ma chronique “Les origines de la population brésilienne”), les grands propriétaire terriens cherchant à remplacer les esclaves noirs par des esclaves blancs. En 1888, un loi abolit totalement l'esclavage et entraîne le courroux des grands propriétaires qui vont alors mettre tout en œuvre pour renverser l'Empire. Notons que le Brésil a été le dernier grand pays à abolir l’esclavage, 23 ans après les États-Unis, 35 ans après l’Argentine. C'est également le pays d'Amérique ayant reçu le plus d'esclaves noirs, avec environ 5,5 millions d'africains déportés, soit 40 % du total.

 

La fin de l'esclavage sonne le glas de l’Empire du Brésil. Poussés et payés par les ultra-conservateurs, les grands propriétaires terriens et les riches producteurs de café, mais également animés par le courant positiviste (la rationalité scientifique) hostile à l’idée de monarchie, les républicains organisent un coup d’État, avec le soutien d'une partie de l'armée. Le 15 novembre 1889, la république est proclamée (voyez ma chronique : “Le drapeau brésilien, des étoiles plein les yeux").

 

Ce coup d’État mené par des intellectuels positivistes se déroula dans le calme, sans heurt, presque dans l’indifférence car la majorité des brésiliens n’avait pas envie de changer de forme de gouvernement. Tenue à l'écart et constatant l'acceptation passive de la situation par l’empereur qui s'exila à Paris, la classe politique approuva le remplacement de la monarchie par une république. Mais elle ignore que l’objectif des organisateurs du coup d’État n’est pas la création d'une république parlementaire mais plutôt d’une dictature. A suivre...

 

Jean-Pol Rihoux