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Le marché de l'automobile au Brésil

Chevrolet Onix
Chevrolet Onix

En 2010, la presse économique européenne titrait : “Le Brésil, nouvel eldorado de l’automobile”. Entre 2007 et 2009, le nombre de voitures neuves vendues dans le pays était passé de 2 à plus de 3 millions. Et en cette année 2010, les chiffres allaient s’envoler à 3,3 millions, faisant ainsi du marché brésilien le quatrième marché mondial derrière les géants que sont la Chine, les État-unis et le Japon. En 2012, 3,6 millions de véhicules neufs étaient vendus au Brésil, un record.

 

Fiat dominait les ventes et 70% du marché était partagé entre trois grandes marques, Fiat, VW et Chevrolet. Et la sympathique petite Gol, un modèle spécifique de VW pour le marché local, trônait en tête des ventes. Les analystes tablaient sur un marché de 4 millions de véhicules en 2015, le Brésil allait devancer le Japon et devenir le troisième plus grand marché mondial. Forts des résultats des années antérieures et de ces prévisions, les constructeurs avaient lancé une grande vague d'investissements. Pendant ces années, l'industrie automobile avait profité pleinement de l'explosion du crédit et de l'augmentation du pouvoir d'achat des ménages, le rêve de la classe moyenne émergente étant de posséder une voiture. Petite remarque, à équipement égal, un même modèle coûte plus cher (+/- 20%) au Brésil qu’en France ou en Belgique.

 

Mais patatras, la crise économique touchait de plein fouet le marché de l’automobile. En 2015, le nombre de voitures neuves vendues au Brésil tombait à 2,5 millions et en 2016 à 2 millions. Entre 2014 et 2016, des dizaines de milliers de salariés de l’industrie automobile étaient mis en chômage technique et des centaines de concessionnaires automobiles fermaient leurs porte. En 2015, 2,3 millions de voitures avaient été fabriquées alors qu’en 2013, 3,7 millions d'automobiles étaient sorties des usines.

 

Aujourd’hui le marché est beaucoup plus diversifié, la part des 3 grands (Fiat, Chevrolet et VW) est passée de 70% il y a une dizaine d’années, à 55% en 2016. Pour la première fois depuis 2003, Fiat a perdu son leadership au profit de Chevrolet. Les 8 marques les plus vendues en 2016 sont dans l’ordre Chevrolet, Fiat, VW, Hyundai, Toyota, Ford, Renault et Honda. La voiture la plus vendue depuis plus de deux années est la petite Chevrolet Onix. Le classement des marques les plus vendues en 2017 est identique à celui de 2016 et et cette année les ventes devraient augmenter de 10% par rapport à l’année dernière.

 

En dépit des difficultés rencontrées ces dernières années, le marché conserve un énorme potentiel. Aucun constructeur n'a réduit ses investissements. Et la quasi totalité des marques disposent de leurs usines de production au Brésil. Audi, BMW, Land Rover et Mercedes ont d’ailleurs implanté depuis peu des unités de production dans le pays.

 

La deuxième plus grande usine automobile du monde (la première se trouve en Corée du Sud) se trouve au Brésil. L’usine Fiat située près de Belo Horizonte, inaugurée en 1976, a une capacité de production d’un million de voitures par an. C’est là que sont fabriqués 16 modèles différents comprenant plus de 120 versions, destinées au marché brésilien et à l'exportation, vers tous les pays d'Amérique Latine et l'Afrique. Les véhicules produits au Brésil ont une particularité : la quasi totalité sont conçus pour utiliser de l’éthanol produit à partir de la canne à sucre. Les moteurs fonctionnent indifféremment avec de l’essence ou de l'éthanol. A la pompe, l’éthanol coûte 25% moins cher que l’essence -la consommation est plus élevée- et les deux carburants remplissent le même réservoir.

 

Plusieurs modèles de nombreuses marques sont conçus spécifiquement pour le marché brésilien et latino-américain, comme des petits pick-up ou la célèbre Gol, petite voiture très populaire de la marque VW. Mais certaines réalisations ne sont pas des plus heureuses, comme par exemple, la Peugeot 207 ou la Renault Clio avec un coffre classique. 

 

Certaines marques chinoises pour l’instant encore inconnues sur nos marchés en Europe, disposent d’usines de production au Brésil, comme Jac ou Cherry. Et l’implantation de Lifan est en cours de réalisation. Par contre quelques marques que nous connaissons bien, ont tenté de percer au Brésil mais se sont retirées du marché faute de ventes suffisantes. En premier lieu et à titre anecdotique citons Lada qui en 1990 avait été une des premières marques à s’implanter au Brésil. Mais les modèles étaient directement importés de Russie sans aucune modification ou tropicalisation. Le flop fut complet, et en 1995, la marque disparaissait du marché.

 

Plus surprenant, Alfa Romeo a tenté à deux reprises de s’établir au Brésil. Et à chaque fois, ce fut un échec. Quant au groupe VW, il a décidé d’arrêter la vente des voitures Seat au Brésil en 2002 à cause du déficit d’image de marque. Enfin des véhicules Mazda furent vendus dans les années 1990, mais l’importation fut arrêtée en 1996, lorsque Ford pris un tiers des actions du constructeur japonais, pour ne pas concurrencer les modèles Ford. Malgré le désengagement de Ford en 2008 du groupe Mazda, la marque n’est plus revenue sur le marché brésilien.

 

Avec environ un véhicule pour cinq habitants (en Europe, il y a une voiture pour deux habitants), le Brésil demeure sous-équipé en automobiles et les experts du secteur automobile prédisent que le Brésil pourrait bien occuper à terme, la troisième place du marché mondial, derrière la Chine et les États-Unis.

 

Encore faudrait-il que le réseau routier s'améliore (routes défoncées), que les brésiliens soient moins fougueux au volant (vitesse excessive) et qu’ils respectent le code de la route (notamment les feux rouges) et enfin qu’un contrôle technique soit instauré car certains véhicules très anciens sont de véritables cercueils ambulants. Selon les données de 2015, 23 personnes sont tuées sur la route au Brésil par tranche de 100.000 habitants alors qu’en France ce taux de mortalité est de 5.

 

Jean-Pol Rihoux

 

Extrait de "52 chroniques pour découvrir le Brésil"