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La réalité du coût de la vie, des soins de santé et du système éducatif au Brésil


De nombreux sites internet et d’autres media comparent régulièrement le coût de la vie dans les pays du monde ou dans les villes et établissent des classements, en se basant sur des données telles que le coût des logements, le prix moyen d’un restaurant, d’une course de taxi, d’une paire de basket ou encore de produits alimentaires. Si ces données constituent de bons indicateurs pour les pays de la zone Euro par exemple, où les systèmes de soins de santé et en matière d’éducation sont proches, elles ne reflètent pas la réalité du coût de la vie dans des pays comme le Brésil par exemple.

 

Le coût de la vie est certainement moins élevé au Brésil que dans les pays d’Europe occidentale pour des personnes sans enfant, non motorisées, aux goûts simples et aux besoins limités et qui font l’impasse sur un plan de santé. Mais un couple avec plusieurs enfants, habitué à la consommation et au shopping de produits de marque (pas nécessairement de luxe) vous expliquera que le coût de la vie au Brésil est plus élevé qu’en France ou en Belgique.

 

Pour mieux comprendre, je vais m’attarder sur deux rubriques essentielles qui plombent les budgets et qui illustrent les profonds déséquilibres socio-économiques du pays : le coût des soins de santé et de la scolarisation. Deux postes de dépenses qui nécessitent une bonne compréhension du système brésilien et qui sont ignorés dans les comparatifs du coût de la vie entre pays. Je terminerai cette chronique en passant en revue ce qui est moins cher et ce qui est plus cher qu'en Belgique ou en France.

 

Pour percevoir la réalité du coût de la vie au Brésil, il ne faut pas oublier les énormes fluctuations dans le cours des changes entre l’euro et le réal, la monnaie brésilienne, qui affectent fortement dans le bon ou dans le mauvais sens, le coût de la vie des expatriés. Ainsi, en mars 2013, 1 euro s’échangeait contre 2,5 reais et en février 2016, contre 4,5 reais! Pour l’instant, la valeur de l’euro est en phase ascendante, en neuf mois la valeur de l’euro est passée de 3,2 à 3,8 reais.

 

Dans des chroniques précédentes, je vous ai expliqué à plusieurs reprises que le Brésil fait partie des pays les plus inégalitaires de la planète selon “l’indice de Gini" qui mesure le degré d’inégalité de la distribution des revenus entre les personnes. Et les systèmes de soins de santé et d'éducation en place au Brésil participent largement à ce clivage entre riches et pauvres.

 

Au Brésil, les soins médicaux sont gratuits dans les hôpitaux publics mais la situation y est dramatique. Les médecins sont peu nombreux car mal payés. Les infrastructures et les équipements sont vétustes et insuffisants pour répondre à la demande des personnes qui n’ont pas (ou n’ont plus) les moyens de payer un plan de santé dans le privé. Il faut faire la file pendant de nombreuses heures pour une simple consultation et attendre plusieurs mois pour obtenir un rendez-vous avec un spécialiste. Tous les jours à la télévision, on peut voir les files interminables devant les hôpitaux, l’état déplorable des installations et la détresse et la colère des malades et de leurs familles impuissants face à la démission des pouvoirs publics, incapables de prendre en charge les soins de santé de la population. Plutôt qu'investir dans les hôpitaux, les gouvernants ont préféré dépenser des sommes colossales à l’occasion de la coupe du monde football pour la construction de stades, aujourd’hui à l’abandon.

 

Aussi, dès que les possibilités financières d’un ménage le permettent, quitte à y consacrer une majeure partie du budget, les brésiliens se tournent vers le secteur privé et optent pour un “plan de santé”. De l’enfer des vieux hôpitaux publics, on passe aux cliniques étincelantes du secteur privé. Et par expérience, je peux vous dire que les médecins y sont hautement qualifiés et que les équipements sont à la pointe de la technologie. Un niveau de qualité et de compétence rarement rencontré dans nos contrées européennes. Mais tout cela à un coût, un coût qui peut surprendre en France ou en Belgique, où l’état providence intervient pour tous en matière de soins de santé. Pour un couple de 50-60 ans, il faut compter un budget mensuel de plus ou moins 1.200 reais (+/- 350 euros) de frais fixe pour un système équivalent à une mutuelle. Pour une chambre individuelle en cas d'hospitalisation, il faut compter plusieurs centaines de reais en plus par mois. Et à cela, il faut encore ajouter des frais pour chaque consultation et il faut savoir que les médicaments sont chers. Je viens de payer 20 euros pour une petite boîte de cinq antibiotiques.

 

L’enseignement dans les écoles publiques est gratuit et accessible à tous. Mais dans le primaire et dans le secondaire, les infrastructures manquent de ressources, de matériel scolaire et de professeurs qualifiés car les salaires y sont peu élevés. Les classes sont surpeuplées d’élèves issus principalement des familles les moins favorisées. D’un autre côté, il existe un réseau d’écoles privées payantes et accessibles uniquement aux gens les plus aisés. Les frais de scolarisation dans le primaire et le secondaire (hors repas, uniformes…) sont de l’ordre de 1.500 reais (plus de 400 euros) par mois et par enfant. Pour mémoire, le salaire minimum perçu par la plupart des brésiliens est de plus ou moins 1.000 reais par mois. Le nombre d'élèves par classe est peu élevé et les adolescents, bien encadrés, obtiennent d’excellents résultats et sont ainsi bien préparés pour entamer des études supérieures et occuper des postes importants dans la société civile ou publique par la suite.

 

Assez paradoxalement, c’est l’enseignement universitaire public qui est le plus prisé. Les examens d’entrée y sont très sévères et sélectifs et l’enseignement y est de meilleure qualité que dans les universités privées. Les professeurs, hautement qualifiées et bien payés, sont également sélectionnés sur base de concours et l’état investit énormément dans les universités publiques en matière d'infrastructures et de matériel. Et comme le nombre de places est strictement limité, les étudiants des universités publiques proviennent essentiellement de l'enseignement secondaire privé de bien meilleure qualité que le secondaire public. Les élèves des classes sociales défavorisées qui terminent leurs études secondaires dans les écoles publiques, ont donc peu de chances de pouvoir accéder à l’enseignement universitaire. Les places dans l'enseignement supérieur public sont occupées par des élèves issus de l’école secondaire privée et ils n’ont pas les moyens de payer les frais de scolarisation dans une université privée.

 

Voilà une des causes de la très forte criminalité au Brésil : même les élèves intelligents et doués issus de familles pauvres, ont peu de chances d’accéder à une vie meilleure. C’est également une des raisons qui explique le départ vers l’étranger de nombreux brésiliens qui tentent leur chance en Europe ou aux États-Unis pour offrir un avenir meilleur à leurs enfants.

 

Pour terminer voici un aperçu de ce qui est moins cher et plus cher au Brésil qu’en France ou en Belgique à qualité ou équipement égal. Sont plus chers, les voitures, les vêtements et chaussures de marque, l’électroménager et le matériel électronique, internet et la téléphonie ainsi que de façon générale, tous les produits importés. Ce qui est moins cher : l’immobilier à l’achat ou la location (nettement moins cher), les taxis, les restaurants et hôtels, les corps de métier du bâtiment (plombier, menuisier…), la nourriture de base (viande, fruits, légumes et riz) et les soins de beauté.

 

Jean-Pol Rihoux