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Entre tentatives démocratiques et dictatures

Le Corcovado à Rio de Janeiro
Le Corcovado à Rio de Janeiro

L'histoire du Brésil de 1889 à 1985


Après l’Empire, place à la République. Nous sommes en 1889 et l’Empereur qui avait mis fin à l’esclavage, est déposé par les grands propriétaires terriens (les “coronels”) mécontents de perdre leurs esclaves. C’est donc un empire progressiste qui est remplacé par une république conservatrice. Commence alors une alternance du pouvoir entre les oligarchies des deux États les plus puissants du Brésil, São Paulo et Minas Gerais. Un régime identifié sous le terme de “Café com Leite” (café au lait), en référence à la production de café dans l’État de São Paulo et de lait du Minas Gerais.

 

Cette période qui va de 1889 à 1930 est connue sous le nom de “Vieille république”. Pendant cette période de nombreux européens débarquent dans le sud du Brésil, principalement des italiens, des allemands, des portugais et des espagnols. Cette immigration a profondément modifié et enrichi le pays. Il y avait en effet de nombreux intellectuels, des médecins, des commerçants qui ont fondé des hôpitaux, des usines, des magasins et les premiers syndicats ont été créés par les italiens et les espagnols. Petit à petit, une société blanche dominante issue de l’immigration à émergé et une classe moyenne grandissante a commencé à s'opposer à l’oligarchie en place, sur les questions sociales et politiques.

 

Pendant la première guerre mondiale, le Brésil a été le seul pays d’Amérique du Sud à envoyer des troupes en Europe en 1917, en s’alliant aux Alliés. Mais l’embellie d'après-guerre ne dura pas longtemps. Au début des années 1920, la crise économique due à la chute des cours des matières premières, touche le Brésil de plein fouet et aboutit à des grèves populaires et à une large révolte qui démarre à São Paulo et s’étend dans tout le pays. En 1924, La loi martiale est établie après que l’armée ait réussi à mater la révolte. Le krach américain de 1929 et la grande dépression qui s'ensuivit entraîna la fermeture des marchés européens, l’effondrement du cours des produits agricoles, en particulier le café et le caoutchouc et, la ruine du pays.

 

Le gouvernement ne pouvait plus résister et le régime dictatorial des grands propriétaires est renversé par le coup d'état du 4 octobre 1930. C’est la déchéance de l'oligarchie cafetière et la montée en puissance de la classe moyenne. Getúlio Vargas devient président-dictateur et forme un gouvernement provisoire qui suspend la constitution.

 

Jusqu’en 1964, date du coup d’État organisé par l’oligarchie et la CIA et la mise en place d’une dictature militaire répressive, le Brésil va vivre une grande instabilité politique, toutefois marquée par des avancées vers la démocratie, principalement au sortir de la deuxième guerre mondiale, à laquelle le Brésil avait pris part au côté des Alliés. Entre 1945 et 1964, neufs présidents vont se succéder. En 1945, le président Vargas est déposé par un coup d'état sans effusion de sang, mais sa popularité reste importante car il a accordé le droit de vote aux femmes, a introduit le vote à bulletin secret et œuvré pour les droits des travailleurs.

 

Ainsi en 1950 Vargas est réélu démocratiquement président de la République à une écrasante majorité, en bénéficiant d'un grand courant patriotique, en réaction d'une part à la menace soviétique et d'autre part à l'ingérence américaine. En 1954, suite à une sombre affaire de tentative d’assassinat, il est sommé de démissionner. Sous la menace d'un coup d'état militaire, il se suicide et l'émotion populaire est telle que les velléités dictatoriales de l'armée seront provisoirement mises en échec.

 

En 1955, Juscelino Kubitschek est élu président. Il est à l'origine de la création de Brasilia inaugurée en 1960 qui devient la capitale du pays. La ville nouvelle a été construite pour développer le centre du pays, car l’ensemble des activités économiques et administratives étaient concentrées à proximité des côtes, mais également pour mettre l'appareil gouvernemental à l'abri des troubles populaires des mégapoles de São Paulo et de Rio. En 1964, le président Goulart qui lui avait succédé et qui menait une politique de réformes sociales est renversé par un putsch militaire, organisé par la CIA et les grands propriétaires qui avaient été écartés du pouvoir en 1930. Un Maréchal assume alors la présidence et instaure une dictature militaire répressive qui va durer pendant 20 ans.

 

Depuis les années 1950, les États-Unis ont un grand ennemi qui focalise toutes les peurs et concentre toute leur énergie: le communisme. Avec effroi, les américains ont assisté en 1959, à un jet de pierre de leur pays, à la révolution cubaine menée par des révolutionnaires en provenance d’Amérique du Sud. Et ils observent que le plus grand pays du continent sud-américain, le Brésil, penche de plus en plus vers des idées socialisantes avec des présidents comme Vargas, Kubitschek ou Goulart.

 

Alors, les américains qui se considéraient à l’époque en danger extrême et voyaient des communistes partout, vont employer les grands moyens pour que les pays d’Amérique du Sud ne soient tentés par l’aventure du communisme. Au Brésil, mais également en Argentine, au Chili ou encore en Uruguay, des putschs militaires éclatent, organisés en sous-main par la CIA et, ces nouveaux régimes sont immédiatement reconnus par les États-Unis.

 

En 1964, la constitution brésilienne est suspendue, le Congrès dissout et le président s'arroge des pouvoirs dictatoriaux, au nom du danger communiste, alors qu’aucune guérilla ni mouvement armé de gauche n'existait au Brésil. Le nouveau régime traquait toutes formes d’opposition, quitte à assassiner et à terroriser la population. Dans le contexte de la guerre froide, des centaines de milliers de personnes ont été emprisonnées, torturées ou tuées en Amérique du Sud, par les “escadrons de la mort” au Brésil ou encore par les sbires de Pinochet au Chili.

 

Les militaires vont se maintenir durablement au pouvoir et installer une véritable dictature et ce n’est qu’en 1965 que d'immenses manifestations populaires obligent l’armée à rendre le pouvoir à la société civile. Une ère démocratique s’ouvrait enfin, non sans problèmes comme nous le verrons dans le prochain épisode.

 

Jean-Pol Rihoux