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Le scandale Petrobras, un gigantesque pillage orchestré par la classe politique!


Le scandale Petrobras? Il s’agit d’un vaste système de pots-de-vin au profit de politiciens de tous bords, organisé par les géants brésiliens du bâtiment et des travaux publics (le secteur des BTP). L'objectif est de piller les caisses de la plus importante entreprise publique brésilienne, Petrobras, avec la complicité de ses dirigeants. Une étude la police évalue le préjudice total pour l’État brésilien à 13,5 milliards de dollars. L’affaire éclate en mars 2014 et depuis, chaque jour apporte de nouvelles révélations. Une bonne centaine de députés et de sénateurs, dont les présidents de ces deux institutions, une dizaine de ministres et trois présidents sont mis en cause, en procédure de jugement ou déjà condamnés.

 

Poussés par des politiciens principalement de la gauche au pouvoir, les dirigeants de Petrobras, une entreprise publique fondée en 1953 par l'état brésilien pour gérer les activités du secteur pétrolier et qui fait partie des 15 plus grandes entreprises pétrolières mondiales, ont passé des accords avec les plus grandes sociétés du BTP pour ses titanesques chantiers d’infrastructures au Brésil, mais également dans d’autres pays d’Amérique latine et en Afrique. Les entreprises du BTP ont formé un cartel et à tour de rôle, elles remportent les marchés publics lancés par Petrobras. Depuis le début des années 2000, elles surfacturent et des commissions sont versées à des politiciens et à d’autres intermédiaires.

 

Le début de l’affaire remonte à 2008, lorsque le patron d’une petite entreprise de composants électroniques dénonce à la police un député et un intermédiaire qui tentaient de le corrompre. La police enquête, l’intermédiaire est bien connu pour plusieurs malversations financières et chez un complice, propriétaire d’un car wash (à l’origine du nom “Lava Jata” qui sera donné à l'ensemble de l’opération policière), la police découvre les documents d’immatriculation d’une Range Rover neuve au nom d’un dirigeant de Petrobras. Débute alors le plus grand scandale politico-financier que le Brésil ait jamais connu, un scandale qui va aggraver la crise économique et créer un véritable séisme politique.

 

Pendant plusieurs années, l’enquête orchestrée par un petit juge intrépide, Sergio Moro, de l’État de Paraná dans le sud du Brésil, là où l’affaire a débuté, va permettre de découvrir l’existence d’un tentaculaire système de pots-de-vin. Les géants du BTP brésiliens, dont Odebrecht et OAS, se sont organisés en cartel pour remporter à tour de rôle les juteux appels d’offres de Petrobras, en arrosant les cadres du groupe public pétrolier et des politiciens complices, par le biais de surfacturation estimée entre 1% et 5% des contrats. Un détournement de fonds gigantesque, de plusieurs dizaines de milliards de réais au détriment de l’État.

 

Force est de constater que la cupidité est une des caractéristiques communes des politiciens de tous pays et que les entreprises publiques et les institutions subventionnées par les deniers de l’état, constituent des sources intarissables où l’argent peut être le plus facilement puisé par les politiciens, légalement ou illégalement.

 

Le scandale éclate le 17 mars 2014. Sous le nom de code “Lava Jato”, une grande opération policière, sous le feu des caméras de la télévision, est menée par quelques 400 agents fédéraux dans six États du pays et à Brasilia, le District fédéral. Résultat, près de 50 personnes sont placées en détention préventive. Et ce n’est que le début!

 

Au fil des mois et au gré des révélations de personnes inculpées, le scandale prend de l’ampleur et atteint le sommet du pouvoir. Dilma Rousseff, du Parti des Travailleurs, élue de justesse à la présidence de la République en octobre 2014, entame un second mandat dans une position de plus en plus fragilisée. Elle a été Ministre de l’énergie de 2003 à 2005 et présidente du conseil d’administration de Petrobras. Pouvait-elle ignorer les agissements de l’entreprise ?

 

Alors que des centaines de personnes, des cadres de Petrobras et de sociétés du BTP ont déjà été inculpées, ce n’est qu’en mars 2015 (Le Tribunal suprême fédéral devait se prononcer), que le procureur général de la République rend publique une liste de 54 personnalités politiques de haut rang impliquées dans le scandale : le président du Sénat, le président de la Chambre des députés, des ministres, députés, sénateurs ou gouverneurs d’État. Les citoyens découvrent avec effroi les sommes astronomiques détournées par des politiciens et les circuits financiers mis en place pour piller les caisses de l’État de façon institutionnalisée. Des centaines de comptes bancaires en Suisse et dans des paradis fiscaux représentant des centaines de millions de dollars sont bloqués.

 

En juin 2015, Marcelo Odebrecht, le patron de la plus grande entreprise du BTP est arrêté et en juin 2016, il est condamné à dix-neuf ans de prison. Comme d’autres condamnés, Il va alors collaborer pour bénéficier d'une remise de peine, expliquer le détail des rouages du système de corruption et impliquer d’autres politiciens de haut niveau. Ce scandale de corruption dont de nombreux bénéficiaires sont des membres du Parti des Travailleurs, va entraîner l’éviction de la présidente Dilma Rousseff en mai 2016. Même si officiellement elle a été destituée pour manipulation des comptes publics.

 

Dès mars 2016, le Juge Moro, devenu un véritable héro qui a osé mettre en prison des personnes parmi les plus puissantes du pays, s’attaque à l’ancien président Lula, icône de la gauche et en tête des sondages pour la prochaine élection présidentielle de 2018, qui aurait reçu un somptueux appartement face à l’océan, offert par une entreprise de BTP impliquée dans le scandale. Et quelques semaines après, le magistrat rend publique, une conversation téléphonique privée entre Lula et Dilma. La présidente en place propose un poste de premier ministre à son prédécesseur pour échapper à d’éventuelles tracasseries judiciaires. En juillet 2017, Le juge Moro qualifie Lula de "chef suprême de la corruption" et le condamne à 6 ans et 9 mois de prison. Lula a fait appel et le juge l’a laissé en liberté jusqu’au jugement définitif, prévu le 24 janvier 2018.

 

Le jeudi 18 mai 2017, la plus importante chaîne de télévision, Globo, diffuse une conversation téléphonique entre le président Temer (président non élu qui a remplacé Dilma - Temer est très impopulaire auprès de la population mais soutenu par l'oligarchie) et Eduardo Cunha, le président de la chambre des députés, condamné en mars 2017 à quinze ans de prison pour corruption. Le chef d’État est suspecté d’avoir donné son aval à Cunha pour le versement de pots-de vin. Ce nouveau coup de tonnerre provoque une panique générale des marchés financiers et de l’ensemble des institutions du pays. Les conséquences d'une nouvelle destitution d'un président, seraient catastrophiques pour le Brésil, déjà enfoncé dans une grave crise économique. Alors, la majorité des membres du Congrès (Chambre des députés et Sénat) va estimer que les accusations ne sont pas suffisamment probantes et qu’il n’y a pas lieu d’initier une demande de destitution.

 

En avril de cette année 2017, le Tribunal suprême fédéral a autorisé l’ouverture d’une nouvelle enquête visant 108 personnalités politiques de premier plan (qui jusqu’alors bénéficiaient de l’immunité), parmi lesquelles 9 ministres de l’actuel gouvernement (soit un tiers du gouvernement) et les nouveaux présidents de la Chambre et du Sénat, les anciens étant déjà en prison. La curée continue, des politiciens de tous bords, de droite comme de gauche, seront mis en examen ces prochains mois.

 

En novembre 2017, 176 personnes ont déjà été condamnées pour une peine de prison totale de 1.753 années. Et l’enquête suit son cours.

 

Jean-Pol Rihoux

 

Extrait de "52 chroniques pour découvrir le Brésil"