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Violences extrêmes : PCC et CV, les deux grandes factions criminelles du Brésil

Rio de Janeiro
Rio de Janeiro

Comme ce fut déjà le cas début janvier 2017 dans des prisons du nord du pays, des violences ont éclaté dans un centre pénitencier en ce début d’année 2018. Cette fois, c’est à Aparecida de Goiânia, dans la banlieue sud de Goiânia, dans la région Centre-Ouest du pays.

 

Des bandes rivales se sont affrontées faisant 9 morts, plusieurs détenus ont été brûlés vifs et deux décapités. Cette flambée de violence s’est accompagnée d'une évasion de masse. Au total, 242 prisonniers ont réussi à s'échapper et ce jour, une centaine de prisonniers sont toujours dans la nature.

 

L’occasion pour les télévisions de nous faire découvrir des installations pénitentiaires d’une rare vétusté et pour les familles des prisonniers, de se plaindre des conditions de détention et de la surpopulation carcérale. En juin 2016, il y avait 727.000 détenus au Brésil, pour une capacité officielle de 368.000 places. La population carcérale du Brésil a plus que doublé de 2005 à 2016, alors que les capacités d’accueil des prisons n’ont pas évoluées. Ni les moyens d’ailleurs, à Aparecida de Goiânia lors de la mutinerie, il n’étaient que 6 gardiens pour près de 900 détenus.

 

La surpopulation carcérale s'accompagne de conditions de détention particulièrement insalubres, des cellules sombres sans ventilation, un manque d’hygiène, d’eau, de nourriture, un manque d’accès aux soins et au personnel soignant ainsi que des mauvais traitements. Tout cela favorise la domination des bandes du crime organisé, qui ont leurs centres de commandement installés au cœur même des prisons, d’autant que l’état à des difficultés à contrôler ce qu'il se passe à l’intérieur des prisons. Armes et drogues sont omniprésentes.

 

Tout se fait dans les prisons, le recrutement des membres des factions criminelles, la gestion du trafic de drogues et les ordres d’assassinats. Les gangs dirigent tout et en prison, il vaut mieux s’affilier à l’un d’entre eux pour éviter les gros ennuis. Et les institutions pénitentiaires sont poussées à se plier aux demandes des gangs : séparer les factions dans les cellules pour éviter les affrontements, négocier avec les chefs qui obtiennent des avantages (téléphones, nourriture…) pour tenter de conserver la paix sociale.

 

Au Brésil, deux grandes factions dominent les activités criminelles en tout genre, crimes, trafics, extorsions, enlèvements, vols avec violence… Le “Comando Vermelho” (rouge), le CV et le “Primeiro Comando da Capital”, le PCC. Toutes deux ont vu le jour dans des prisons.

 

Le Comando Vermelho est né à la fin des années 1970, pendant la période de dictature, au sein de l’ancien complexe pénitencier de l’île “Ilha Grande” au sud de Rio. Les prisonniers politiques se retrouvaient enfermés avec les prisonniers de droit commun. C’est dans cette prison surpeuplée qu’est né un mouvement de revendication des droits des prisonniers. Très vite le groupe s’est transformé en un mouvement criminel particulièrement violent, organisant des braquages, des enlèvements et le trafic de drogues, dans tout l’État de Rio de Janeiro. Jusqu'à la naissance du PCC, le CV a été l'acteur majeur du trafic de drogues au Brésil.

 

Créé en 1993 par des trafiquants de drogues incarcérés près de São Paulo, le PCC est aujourd'hui présent dans tout le Brésil, capable de coordonner le trafic de drogues, de commettre toutes sortes de crimes et de gérer ses finances. L’organisation compte près de 20.000 membres, la plupart emprisonné, dont 6.000 dans le seul État de São Paulo. D’après le Parquet et les forces de l’ordre, le PCC contrôle 135 des 152 prisons de l'État de São Paulo.

 

En quelques années le PCC est devenu la plus puissante organisation criminelle du Brésil, détenant le monopole dans plusieurs États du pays dont celui de São Paulo. Le PCC est organisé comme une entreprise, il recrute ses membres en proposant des avantages tels un plan de santé pour les familles, une assistance juridique et de meilleures conditions de détention dans les prisons. L’organisation est tentaculaire. Il y a peu, la police a découvert l’organigramme de l’une des cellules du PCC comprenant des dizaines d’avocats. Les membres en liberté s’acquittent d’une cotisation mensuelle pour assurer les frais d’assistance financière à leurs familles et les honoraires d’un avocat au cas où ils seraient emprisonnés.

 

Un exemple illustre bien la puissance de cette organisation criminelle. En mai 2006, plusieurs centaines de détenus, considérés comme des chefs de gangs, allaient être transférés vers une prison de haute sécurité. Ayant été informé de ce transfert par un fonctionnaire corrompu, le PCC, par vengeance, lance une révolte dans l'ensemble des prisons de l'État de São Paulo, ainsi qu'une véritable guérilla urbaine dans la ville de São Paulo. Des attaques contre des commissariats, des banques, des autobus, des supermarchés et différents lieux publics feront plus de 150 morts entre le 11 et 15 juillet 2006.

 

Pendant près de vingt ans les deux plus grandes factions criminelles du Brésil ont cohabité et c’est la volonté d’expansion des territoires et de la mainmise sur les routes du trafic de drogues qui sont à l’origine des affrontements sanglants depuis 2016. Le Brésil est le second consommateur de poudre blanche et de ses dérivés, en particulier le crack, après les États-Unis. Le PCC a toujours eu des tentations hégémoniques et veut s’implanter partout au Brésil, notamment à Rio, fief du CV, un lieu très lucratif pour le trafic. Pour arriver à ses fins, le PCC s'est allié à des factions dissidentes du CV. C’est ce qui explique les centaines de morts et la guérilla urbaine de ces derniers mois dans les favelas à Rio de Janeiro.

 

En juin 2016, un important trafiquant de drogue est assassiné à la frontière paraguayenne. Cette attaque à la mitrailleuse lourde est attribuée au PCC. Le Comando Vermelho qui empruntait les routes du sud, par le Paraguay, a dû trouver des solutions au nord. Il s'est alors allié au gang FDN (Familia do Norte) pour créer une route alternative à celle du PCC qui veut dominer tout le marché brésilien. Le contrôle des frontières avec les trois grands producteurs de cocaïne (la Colombie, le Pérou et la Bolivie) est essentiel pour les trafiquants. Une guerre sanglante a débuté : dans la nuit du 1er au 2 janvier 2017, 56 membres présumés du PCC ont été brutalement massacrés dans la principale prison de Manaus, la capitale de l'État d’Amazonia, la plupart décapités, puis éviscérés.

 

Et d’autres luttes à mort et massacres entre le PCC et le CV ont suivi et continuent à se produire.

 

Jean-Pol Rihoux

 

Extrait de "52 chroniques pour découvrir le Brésil"