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L’urbanisation du Brésil

Goiania
Goiania

Selon l’IBGE, l’Institut Brésilien de Géographie et de Statistiques, 86% de la population brésilienne vit dans des zones urbanisées (agglomérations de plus de 10.000 habitants) et plus de 40% dans des villes de plus de 1 million d’habitants, soit dans une vingtaine de villes. Malgré l’immensité du pays, le cinquième plus grand du monde, le Brésil est l’un des pays qui s’est le plus rapidement urbanisé. Il y a 100 ans, moins de 10% de la population brésilienne habitait dans des villes, en 1940, 25% et en 2017, 86%.

 

Le Brésil ainsi que les États-Unis, la Chine, l’Inde et le Japon, sont les seuls pays qui comptent au moins deux agglomérations de plus de 10 millions d’habitants : São Paulo (une vingtaine de millions, soit 10% de la population brésilienne) et Rio de Janeiro.

 

Depuis la découverte du Brésil par les portugais en l’an 1500 et jusqu’au début du 20e siècle, l’activité économique et administrative s’est essentiellement développée le long du littoral ou à proximité des côtes. Toutes les grandes villes étaient situées à proximité de l’océan. A deux exceptions près : Manaus et Belo Horizonte. Manaus, la capitale de l’État d’Amazonas, accessible par voie fluviale, a été fondée en 1669 par les portugais sur les rives du Rio Negro, à proximité de son confluent avec l’Amazone. Belo Horizonte, à 450 kilomètres de l’océan, a été créée lors de ruée vers l’or dans l’État de Minas Gerais au 18e siècle.

 

Il a fallu attendre la fondation de Goiânia dans les années 1930 et de Brasilia en 1960 pour désenclaver et développer le centre du pays. Pour illustrer la concentration des habitants dans les grandes agglomérations, l’État de Goiás est un bon exemple. L’État grand comme l’Allemagne ne compte que 6,5 millions d’habitants, dont 2,5 millions vivent dans l’agglomération de Goiânia. Et Brasilia, une enclave dans l’État de Goiás, abrite 3,8 millions d’habitants.

 

Historiquement, les villes brésiliennes ont été construites de manière désorganisée, sans aucune planification. L’augmentation de la population urbaine a créé des quartiers périphériques et généré la prolifération d’habitats précaires, sans services urbains. La seule solution pour les plus défavorisés était l’occupation illégale de terres dans des lotissements clandestins ou des favelas, souvent sur des terrains à risques, des versants de collines ou des zones inondables.

 

Le Brésil est le dernier grand pays à avoir aboli l’esclavage, en 1888. Les esclaves affranchis n’ayant pas légalement accès à la propriété ont occupé illégalement des terres. Et ils ont été rejoints par une partie de la population brésilienne la moins favorisée et des paysans pauvres, que la modernisation de l’agriculture basée sur la mécanisation et le recours aux produits chimiques ont chassé vers les périphéries urbaines. C’est ainsi que les bidonvilles et les favelas ont vu le jour.

 

A partir des années 1980, des “zones d’intérêt social” ont être reconnues par les autorités pour permettre aux habitants de ces bidonvilles de construire ou d’améliorer dans la légalité, les habitations de ces quartiers défavorisés.

 

Les maigres revenus (moins de 500 euros par mois) que reçoivent la plupart des familles brésiliennes n’ont fait qu’augmenter le nombre d’habitants de ces quartiers défavorisés. Ainsi entre 1995 et l’an 2000, sur les 4 millions de logement construits, seuls 700.000 ont été érigés dans des zones d’habitat formel. Près de 50% de la population urbaine des grandes agglomérations vit dans des favelas ou des habitations bâties illégalement.

 

Les inégalités entre les riches et les pauvres ont façonné deux environnements bien différents. Les gens aisés bénéficient de services urbains dans des quartiers modernes situés pour la plupart dans le centre des villes et les plus défavorisés sont relégués de plus en plus loin en périphérie où l'urbanisation se développe de façon sauvage et extensive. Par exemple, la seule ville de Goiânia s’étend sur un territoire près de cinq fois plus grand que celui de la Région de Bruxelles-Capitale en Belgique. Cet éloignement engendre de nombreuses difficultés comme l'accès à l'eau potable ou la longueur des déplacements notamment pour se rendre au travail et pour atteindre les infrastructures collectives.

 

Ce qui m’impressionne toujours lorsque j'ai une vue plongeante sur une ville, c’est la forêt de gratte-ciels qui caractérise le centre des grandes agglomérations brésiliennes, notamment ici à Goiânia. Tout autour de ces centres urbains, on découvre un habitat extensif de quartiers constitués par des constructions basses, bien souvent érigées sur des terres occupées de façon illégale.

 

Contrairement aux grands ensembles d’immeubles sans agrément de nos cités européennes, où se concentrent les populations défavorisées et qui constituent de dangereux foyers de violence et de trafics en tous genres, ici au Brésil les grands buildings, construits selon des normes élevées de qualité et de confort, sont occupés par des gens aisés voire riches, et par la classe moyenne émergente, les enseignants ou les cadres moyens par exemple. Ces immeubles sont constitués en condominiums (chacun est propriétaire de son appartement et les parties communes du domaine font l'objet d'une copropriété, gérée par un syndic) et offrent un cadre de vie agréable et sécurisé. Presque tous possèdent une piscine, une salle de fitness, des salles de fêtes, un sauna, des terrains de sport, une plaine de jeux pour enfants, voire un salon de coiffure ou un restaurant, à l’usage exclusif des occupants et de leurs invités. Journellement, une équipe assure le nettoyage et l’entretien de la propriété et la sécurité est garantie par un gardiennage et une conciergerie 24h/24h ainsi qu’une multitude de caméras.

 

Pour la sécurité des biens et des personnes, pour la tranquillité et pour disposer d’équipements de loisirs chez soi, beaucoup de brésiliens qui disposent de moyens suffisants, choisissent de vivre dans des condominiums d’appartements ou des condominiums de villas. De nombreux appartements font plusieurs centaines de mètres carrés, avec piscine privative sur la terrasse. Et les plus riches optent pour les condominiums de villas, de magnifiques domaines hyper sécurisés et équipés où de luxueuses demeures sont disséminées dans un environnement fleuri et boisé.

 

Jean-Pol Rihoux

 

Extrait de "52 chroniques pour découvrir le Brésil"