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Le Mercosul et l’Union Européenne


Depuis octobre 2017, les négociations au sujet d’accords de libre-échanges entre l’Union européenne et le Mercosul battent leur plein et en cette année 2018, des résultats concrets sont enfin attendus, en dépit de l’opposition farouche du monde agricole européen, en particulier français. Dès 1999, les sud-américains ont formulé à plusieurs reprises des offres de libre-échanges aux européens. Plusieurs négociations ont eu lieu mais toutes ont fait long feu.

 

Alors aujourd’hui, les sud-américains risquent de perdre patience face à l’UE, qui continue de traîner les pieds, malgré les propositions alléchantes d’ouvrir le marché (actuellement très fermé) des pays d’Amérique du Sud aux exportations européennes. Le temps presse et faute d’accord avant la fin mars, début de la campagne pour l’élection présidentielle au Brésil, les négociations seront à nouveau ajournées.

 

Mais tout d’abord, qu’est-ce que le Mercosul ou Mercosur? C’est le marché commun du sud : en espagnol, “Mercado Comun del Sur” et en portugais “Mercado Comum do Sul”. Le portugais, langue usuelle du Brésil et l’espagnol, la langue des autres pays d’Amérique du Sud sont les deux langues officielles de cette communauté économique créée en 1991 par le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay. Par la suite, le Venezuela à rejoint les États fondateurs mais depuis 2016, il est suspendu étant donné la violation des droits de l’Homme dans ce pays submergé par une profonde crise politique et en plein naufrage économique. La Bolivie est depuis 2015 dans un processus d’adhésion et les autres pays d’Amérique du sud sont des pays associés.

 

Le Mercosul autorise la libre circulation des personnes ainsi que des biens, des services et des facteurs de production entre les pays et vise à l'adoption d'une politique commerciale commune, la coordination des politiques macroéconomiques et l'harmonisation des législations.

 

Du côté européen, les plus puissants pays de l’UE tels l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne préconisent de longue date, la signature de ces traités de libre-échange avec le Mercosul et pointent du doigt l’attitude protectionniste de la France qui de façon traditionnelle se cabre dès il s'agit d’agriculture. Lors du conseil européen d’octobre 2017, Macron avait plaidé pour une pause dans la signature des traités pour en vérifier “les paramètres sociaux et environnementaux”. En clair, la France s’opposait à ces traités de libre-échanges.

 

Le Mercosul et le Brésil en particulier comptent parmi les zones les plus protectrices du monde avec des droits de douanes jusqu'à 35 % pour certains biens. Le Brésil favorise ses producteurs contre la concurrence étrangère en freinant les importations par des barrières douanières très contraignantes. Les quelques produits européens disponibles au Brésil sont très chers, beaucoup trop chers et réservés à une minorité de personnes. Conséquences fâcheuses de ce protectionnisme : la variété des produits de consommation est très limitée, les avantages comparatifs entre produits sont impossibles à établir et les prix jouent au yoyo. Et faute de concurrence étrangère, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous.

 

Les traités de libre-échanges en ouvrant la porte aux produits étrangers, vont favoriser la baisse des prix au Brésil, une plus grande offre de produits de consommation et manufacturés et une meilleure qualité. Autre avantage pour les consommateurs, les entreprises nationales devront améliorer leur produits. C’est d’ailleurs une des craintes des sud-américains qui redoutent que leurs industries ne puissent pas soutenir la concurrence avec les produits européens.

 

A priori, les principales modalités de l'accord seraient les suivantes. L’Union européenne offrirait un contingent de 70.000 tonnes de viandes bovines, qui ne serait plus soumises aux droits de douane, sur les 185.000 tonnes que le Mercosul exporte actuellement en Europe. L'accord devrait également contenir la possibilité d'exportation par le Mercosul de 600.000 tonnes d'éthanol libres de droits de douane. L'éthanol est un biocarburant produit à partir de la canne à sucre.

 

Dans le sens inverse, l'accord devrait inclure la suppression des droits de douane du Mercosul, particulièrement élevés, sur les exportations européennes pour le secteur automobile et des pièces détachées, le secteur de la chimie, de la pharmacie et des cosmétiques ainsi que sur les exportations de fromage et de vins. Les pays d’Amérique du Sud ouvriraient également l’accès de leurs marchés publics aux européens.

 

Bien sûr, les tonnages peuvent encore évoluer en cours de négociation, mais la Commission européenne estime d’ores et déjà que les termes de l’accord lui sont très favorables car le Mercosul accepte de supprimer ses droits de douane sans fixer de contingent. Pour les deux grands pays d’Amérique du Sud, le Brésil et l’Argentine, la viande bovine représente l’un des principaux produits d’exportation à forte valeur ajoutée. Ils estiment les bases de l’accord insuffisantes et souhaitent que les tonnages libres de douane soient portés à 100.000 tonnes annuelles.

 

Par ailleurs, Au niveau des traités internationaux, le Mercosur est un marché bien plus important que le Canada ou que le Japon. La suppression des droits de douane avec le Mercosul va générer un gain de 4 milliards d'euros pour les exportateurs européens alors que le gain estimé avec la Canada (traité Ceta) était de 500 millions d’euros et de 1 milliard d'euros pour l'accord avec le Japon. Et le Mercosur n'a jamais signé d'accord bilatéral important. L'Union européenne deviendrait donc le premier partenaire de cet immense marché, plein d’avenir.

 

Bien que la filière bovine française redoute d’être submergée par des produits concurrents à moindre prix, plusieurs économistes et spécialistes du secteur estiment que la viande bovine du Mercosul, libre de droits de douane, va se substituer aux importations de bœufs venant d'autres pays fournisseurs de l'Europe. Et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker ne cesse de répéter que pour chaque milliard d'euros exportés hors de l'Union européenne, 14.000 emplois européens sont créés.

 

En cette fin janvier, la France s’est enfin ralliée à ses partenaires européens et Emmanuel Macron est désormais partisan d’une finalisation rapide de l’accord entre les deux parties. Il a reçu son homologue argentin à l’Elysée et les deux chefs d'État ont affiché leur attachement au multilatéralisme et assuré partager la même vision stratégique sur l'accord entre l'Union européenne et le Mercosul en cours de négociation. Et il y a quelques jours à Davos, le Président brésilien Michel Temer a déclaré que pour la première fois depuis 20 ans, la perspective de conclure un accord entre le Mercosul et l’Union européenne était bien réelle.

 

Jean-Pol Rihoux

 

Extrait de "52 chroniques pour découvrir le Brésil"