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“Globo”, géant des médias et leader d’opinions


Globo? Pour les brésiliens, y compris pour les expatriés, ce nom fait partie de leur vie au quotidien. C’est la plus grande chaîne de télévision du pays, qui produit entre autres les fameuses “telenovelas”, ces feuilletons-fleuves dont les brésiliens raffolent. Globo est le plus gros producteur mondial de telenovelas. Ces feuilletons à rallonges sont diffusés dans d’innombrables pays, dont les États-Unis, la France et la Belgique.

 

"Organizações Globo”, la dénomination officielle, est le plus important groupe de médias de toute l’Amérique latine et un des plus importants de la planète. L’empire est constitué de chaînes de télévisions, de radios, de portails internet, de journaux et de magazines. Au Brésil, le groupe Globo dispose d’une influence énorme, il représente 80 % de tout ce qui est lu, vu ou écouté.

 

L’histoire commence en 1925, par la fondation du quotidien “O Globo” par le journaliste Irineu Marinho à Rio de Janeiro, qui à l’époque était la capitale du Brésil. Il décéda d’une crise cardiaque quelques semaines seulement après le lancement du quotidien. Son fils Roberto, qui n’avait que 21 ans lui succéda à la tête de l’entreprise nouvellement créée.

 

Roberto Marinho, qui mourut à l’âge de 98 ans en 2003, transforma un petit journal de Rio en un des groupes de médias les plus importants du monde. Il est assurément l’un des brésiliens les plus puissants et les plus influents du 20e siècle. Cet homme remarquable, un des plus riches du monde, fut à la fois entrepreneur, pilote automobile, cavalier de jumping, grand collectionneur d’œuvres d’art et membre de l’Académie brésilienne des Lettres. A sa mort, un deuil national de 3 jours fut décrété.

 

Les étapes marquantes du développement du groupe Globo furent le lancement en 1944 de la station de radio “Radio Globo”, basée à Rio de Janeiro et surtout, la création de la chaîne de télévision “Rede Globo” (Réseau Globo) en 1965, qui va permettre au groupe d’occuper une position dominante dans le secteur des médias.

 

Mais le lancement de “Rede Globo” et son impressionnant développement dans les années 1970 ont suscité de nombreuses critiques, en particulier des accusations de collusion avec la dictature militaire. Ces critiques contre la toute puissance de Globo, toujours proche du pouvoir politique, n’ont jamais cessé. En 2014, lors des grandes manifestations contre l’organisation de la coupe du monde de football et contre les injustices sociales, Globo était également ciblé pour sa manipulation de l’opinion publique.

 

En 1964, le président Goulart qui menait une politique de réformes sociales est renversé par un putsch militaire, organisé par la CIA et les grands propriétaires terriens, qui craignaient que le pays ne soit tenté par les idées socialistes et le communisme (voir ma chronique de décembre 2017 ). Pendant 20 ans, les militaires vont se maintenir au pouvoir et instaurer une dictature répressive.

 

A cette époque naissent les premières radio FM et la télévision est en plein développement. Le pouvoir en place va alors entreprendre une vaste modernisation des télécommunications pour asseoir sa propagande nationaliste et combattre les idées “de gauche” dominantes à l’époque. Dès la prise de pouvoir des militaires, Roberto Marinho apporta son soutien à la dictature et le groupe Globo, en particulier la chaîne de télévision “Rede Globo”, va devenir le partenaire privilégié du nouveau régime. Plusieurs licences de télévision locales furent attribuées à Globo alors que d’autres opérateurs éprouvaient les pires difficultés pour en obtenir.

 

Jusqu'à ce jour, le groupe Globo a toujours été accusé de manipuler l’opinion et d’influencer la vie politique brésilienne, mais également de bénéficier de privilèges lors de l’acquisition ou le rachat d’entreprises.

 

En 1993, un documentaire diffusé par “Channel 4” en Angleterre intitulé “Beyond Citizen Kane” fait l’effet d’une bombe au Brésil. Ce film raconte l’histoire du groupe Globo, détaille son influence, son pouvoir et ses connections avec le monde politique. Le président de Globo, Roberto Marinho est comparé au magnat Charles Foster Kane, le personnage de fiction créé par Orson Wells dans son film “Citizen Kane”. Suite à une action en justice de Globo, le film fut interdit de diffusion au Brésil et la société tenta en vain de racheter les droits de ce film. Des concurrents, dont RECORD la grande chaîne de télévision brésilienne détenue par l'Église évangéliste, ont également bataillé ferme pour racheter ces droits.

 

Bien entendu depuis cette époque éloignée des années 1990 et avec le développement des télécommunications, dont internet, des millions de personnes ont vu ce film. Je l’ai visionné sur YouTube : dès les premières images, le ton est donné : Roberto Marinho est présenté comme l’homme le plus puissant du Brésil, il est comparé à Staline et ses opposants sont envoyés en Sibérie...

 

Depuis, le groupe Globo, toujours dirigé par les descendants de Roberto Marinho, a fait son “mea culpa”. Son influence sur la vie politique et sur l’opinion publique n’a jamais diminué de même que sa position dominante dans les medias et dans la diffusion d'informations. Ils ont été par exemple, les premiers à dévoiler l’énorme scandale de corruption Petrobras (cf. ma chronique de décembre 2017).

 

Jean-Pol Rihoux

 

Extrait de "52 chroniques pour découvrir le Brésil"