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Michel Temer, un président impopulaire et en pleine tourmente

Michel Temer
Michel Temer

Après un intérim de 6 mois, Michel Temer est devenu président du Brésil le 31 août 2016. Il occupait précédemment le poste de vice-président et la destitution de Dilma Rousseff pour maquillage des comptes publics, l’a propulsé automatiquement à la magistrature suprême.

 

En octobre de cette année, les brésiliens vont choisir un nouveau président qui entrera en fonction le 1e janvier 2019. Et il y a très peu de chance que Temer soit reconduit : son taux de popularité est actuellement de 5% et sa candidature n’est d’ailleurs pas à l’ordre du jour.

 

Michel Temer est le premier président issu de la très influente communauté libanaise du Brésil. La diaspora libanaise compte de 12 à 15 millions de personnes dans le monde, dont la moitié vit au Brésil. La première vague d'immigration vers le Brésil et d’autres pays d’Amérique latine remonte vers le milieu du 19e siècle. Les chrétiens maronites persécutés, fuyaient le pays.

 

Les parents de Michel Temer sont arrivés plus tard, en 1924. Comme la plupart des immigrants libanais, ils se sont installés dans une région très conservatrice et très riche appelée "Interior Paulista", à savoir l’État de São Paulo, hors l’agglomération de São Paulo et la région littorale. Il y acquièrent une fazenda et cultivent le café, le riz et la canne à sucre.

 

Michel Miguel Elias Temer Lulia naît en 1940. Après des études de droit, il entreprend une brillante carrière d’abord d’avocat et ensuite dans la fonction publique. Il deviendra successivement procureur, procureur général et secrétaire de la Sécurité publique de l'État de São Paulo. En 1987, il est élu député fédéral et à deux reprises, entre 1997 et 2001, puis entre 2009 et 2011, il présidera la Chambre des députés. En 2001, il devient président de son parti politique centriste, le PMDB “Parti du Mouvement démocratique brésilien” qui sera le principal partenaire de la majorité parlementaire pendant la présidence de Lula puis de Dilma Rousseff tous deux du “Parti des Travailleurs”, le PT. C’est la raison pour laquelle Temer sera choisi par Dilma pour occuper le poste de vice-président.

 

En 2015, alors que Dilma Rousseff et Michel Temer entament leur second mandat présidentiel, la rupture commence à prendre forme et en mars 2016, le PMDB retire son soutien au gouvernement. Pour Dilma, ce sera le début de la fin et pour Michel Temer, vieux routier de la vie politique, l’accession à la Présidence. Une fonction qui au Brésil, nécessite plus qu'ailleurs des nerfs d’acier!

 

Alors que Dilma dirigeait un gouvernement de centre gauche, Michel Temer met logiquement en place, étant donné son appartenance politique, un gouvernement de centre droit. L’objectif du nouveau président est de lancer un plan d'austérité avec le gel des dépenses publiques pour tenter de redresser l'économie. Il prévoit d'augmenter les heures de travail, de repousser l'âge de départ à la retraite et de modifier les aides sociales. Des mesures très impopulaires pour une population qui dans sa majorité, parvient difficilement à nouer les deux bouts.

 

Depuis son entrée en fonction, les scandales se sont multipliés. Sur la bonne vingtaine de ministres nommés par le nouveau président, huit d’entre eux font l’objet d’enquêtes par la Cour suprême pour des faits de corruption, notamment dans le cadre de l’énorme scandale Petrobras (voyez ma chronique de décembre 2017). Et Eduardo Cunha, une des plus importantes personnalités politiques du pays, président de la Chambre des députés, qui avait lancé la procédure de destitution contre la présidente Dilma Rousseff, est accusé lui-même de corruption dans l’affaire Petrobras. En septembre 2016, il est arrêté pour avoir reçu plusieurs millions d’euros sur un compte en Suisse. Il a été condamné à 15 ans de prison en mars 2017.

 

Mais la descente aux enfers du président débute en mai 2017 avec la divulgation par le la chaîne de télévision Globo d’un enregistrement compromettant. Dans une vidéo, le président Temer semble donner son accord pour le versement de pots-de-vin afin d’acheter le silence de Cunha. Pendant trois mois, l’affaire va tenir en haleine le pays tout entier, la Cour suprême va ouvrir une enquête pour obstruction à la justice et pour corruption passive et en juin, le parquet va lancer une accusation formelle contre le président.

 

L’affaire s’est terminée début août 2017 par la victoire politique du président. En dépit d’une cote de popularité de 5%, Michel Temer a obtenu le soutien de la Chambre des députés, qui a rejeté les accusations de corruption formulées par le parquet. L'opposition n'est pas parvenue à rassembler la majorité des deux tiers nécessaire pour permettre son inculpation. La plupart des députés (dont les députés évangélistes et ceux du puissant lobby agricole) qui se sont rangés aux côtés du président ont invoqué la situation économique, le besoin de stabilité politique, et leur soutien aux réformes engagées par le gouvernement.

 

En ce début mars 2018, la Cour suprême a élargi à Michel Temer, l'enquête ouverte sur une affaire de corruption impliquant la société Odebrecht et deux de ses ministres qui auraient reçu en 2014 des pots-de-vin pour un montant de 3 millions de dollars. L'un des anciens directeurs de Odebrecht affirme que Michel Temer était au courant de ces versements.

 

Et last but not least, la justice vient d’ordonner la levée du secret bancaire sur la période de 2013 à 2017, du président soupçonné de favoritisme envers une entreprise portuaire de l’État de São Paulo en modifiant en 2013, les règles d’attribution des marchés publics. Ces dernières révélations et l’avancée de la tentaculaire enquête de corruption Petrobras/Odebrecht, pourraient valoir à Michel Temer de nouvelles mises en accusation et à nouveau, le soutien de la Chambre des députés.

 

A la différence de ses deux prédécesseurs, Lula, condamné à 12 ans de prison et Dilma Rousseff, destituée, le président Michel Temer est très impopulaire mais il peut compter sur l’appui des députés qui majoritairement, représentent les puissants lobbies de la finance et des affaires.

 

Petite note plus gaie pour terminer, sa jolie et élégante épouse est de 42 ans sa cadette.

 

Jean-Pol Rihoux

 

Extrait de "52 chroniques pour découvrir le Brésil"