· 

De la “France Antarctique” à la “France Equinoxiale”

Photo : Wikipédia
Photo : Wikipédia

Ne vous méprenez pas, il s’agit bien du Brésil et plus précisément des appellations données aux colonies que la France avait fondées au Brésil lors de ses tentatives de conquête du pays.

 

Si la France n’a pu mener à bien ses velléités expansionnistes au Brésil, l’influence et le prestige de la culture et de langue françaises sont bien présents dans le pays. Comme c’est le cas dans toute l’Amérique latine, parler ou apprendre le français est synonyme de raffinement et d'élégance. De façon générale, la culture française jouit d’une solide réputation au Brésil et en Amérique du Sud.

 

D’après une étude de 2016 publiée par l’Observatoire Démographique et Statistique de l’Espace Francophone, 617.500 personnes parlent le français au Brésil, 148.500 personnes apprennent la langue et 15% des étudiants brésiliens à l’étranger sont inscrits dans une université francophone. Et la France occupe le deuxième rang, bien loin derrière les États-Unis, mais devant l’Espagne et le Portugal, des pays étrangers fréquentés par les étudiants brésiliens.

 

Le français est perçu comme la référence en matière de mode, de luxe et de distinction. Les noms à consonance française fleurissent dans les quartiers chics, des noms d'immeubles de prestige, de commerces ou de restaurants. “Victor Hugo” par exemple, est une marque de sacs à main très prisée par les brésiliennes élégantes. Le Brésil compte un réseau de plus de 40 “Alliances françaises” réparties dans tout le pays, des associations qui ont pour objectif la diffusion de la langue et de la culture française. La plus ancienne, l'Alliance française de Rio de Janeiro, a été fondée en 1885 et fait partie des 10 plus importantes Alliances du monde.

 

La fin du 19e siècle au Brésil, fut marquée par la disparition de l’Empire au profit de la République (voyez ma chronique de novembre 2017), à l’instigation d’intellectuels fortement influencés par le positivisme d’Auguste Comte, héritier du renouveau intellectuel et culturel des Lumières. Au cours du 18e siècle partout en Europe et en particulier en France, le mouvement des Lumières avait pour but de dépasser l'obscurantisme et de promouvoir les connaissances, de faire triompher la raison sur la foi et les croyances. la bourgeoisie sur la noblesse et le clergé.

 

L’élite brésilienne fut séduite par le culte positiviste et par l´idée de régénération morale par la rationalité scientifique. Au Brésil, les partisans les plus fervents de la doctrine, avaient pour d’Auguste Comte, son fondateur et pour la France, sa patrie, une profonde vénération. Le 15 novembre 1889, des républicains membres de la franc-maçonnerie brésilienne et adeptes du positivisme, hostiles à l’idée de monarchie, organisent un coup d’État et la république est proclamée. A cette occasion, le drapeau actuel est créé, un globe bleu marine dans un losange jaune sur fond vert (voyez ma première chronique de juin 2017). Ce globe est coupé en son centre par une bannière sur laquelle figure les mots “Ordem e Progresso”. Ces mots “Ordre et Progrès” résument la devise d’Auguste Comte “L'amour pour principe et l'ordre pour base; le progrès pour but”.

 

Remontons l’histoire. En l’an 1500, les portugais débarquent au Brésil et 55 ans plus tard, la France qui ne respecte pas le traité de Tordesillas qui lie espagnols et portugais (voyez ma chronique de août 2017) décide d’implanter une colonie sur la côte brésilienne. Deux navires et 600 personnes commandés par le vice-amiral Villegagnon abordent dans la baie de Guanabara (la baie de Rio de Janeiro). L’idée de Gaspard de Coligny, ministre et amiral de France, qui plus tard deviendra le chef des huguenots, est d'y fonder une colonie où les protestants français pourront jouir de la liberté de culte au côté des catholiques.

 

Sur une petite île de la baie, les français érigent le “fort Coligny” et par la suite, plusieurs centaines d’autres colons rejoignent les premiers arrivant. Ils s’installent sur la terre ferme, en face de l’île, dans le quartier actuel de Flamengo à Rio. Mais rapidement, les problèmes d'adaptation à ce nouvel environnement, les difficultés d’établir des rapports avec les indiens et les conflits entre protestants et catholiques, dressent les colons les uns contre les autres. L'aventure de la France Antarctique, le nom de la colonie, se termine en 1560, lorsque les portugais rasent le fort Coligny. Rio de Janeiro sera officiellement fondée par les portugais en 1565.

 

Notons que la petite île où se trouvait le fort Coligny porte aujourd'hui le nom de “Ilha de Villegagnon”. Située face à la plage de Flamengo, juste à côté de l’aéroport “Santos Dumont”, elle abrite aujourd’hui l’école navale brésilienne.

 

Une autre colonie française, la “France Equinoxiale” (c’est-à-dire proche de l’équateur, là où les jours et les nuits ont la même durée) fut fondée en 1612, lorsque cinq cents colons débarquent sur la côte nord du Brésil. À la différence de la "France Antarctique", cette entreprise coloniale n'était pas motivée par la volonté d'échapper aux persécutions religieuses. Les colons fondèrent Saint-Louis, en l'honneur du roi Louis XIII. Aujourd'hui São Luís (Saint-Louis en portugais) est la seule capitale d'État du Brésil à n'avoir pas été fondée par les Portugais ou les Brésiliens. En 1615, les Portugais rassemblèrent une armée qui chassa les colons français. Les français tentèrent alors leur chance plus au Nord dans un territoire qui est aujourd'hui la Guyane française.

 

Contrairement aux tentatives de colonisation française au Canada et aux États-Unis, celles tentées au Brésil sont peu connues mais elles sont pourtant à l'origine des relations profondes qui unissent la France et le Brésil.

 

Jean-Pol Rihoux

 

Extrait de "52 chroniques pour découvrir le Brésil"