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São Paulo, mégapole d'Amérique du Sud

Sao Paulo
Sao Paulo

Avec 12 millions d’habitants et une agglomération de plus de 20 millions (soit un dixième de la population brésilienne), São Paulo est la plus grande ville du Brésil, d’Amérique du Sud et de tout l’hémisphère sud de la planète. New-York, Mexico et São Paulo sont les trois grandes mégapoles du continent américain.

 

Si São Paulo n’est pas la capitale politique du pays (c’est Brasilia, précédemment, c’était Rio et avant Salvador) la ville est sans conteste la capitale économique et la plaque tournante de tous les échanges au Brésil. Suivent, loin derrière : Rio de Janeiro et Brasilia. Un quart du produit intérieur brut du Brésil est dégagé par l’agglomération de São Paulo et 65% des multinationales présentes au Brésil y sont établies.

 

Les secteurs d’activités de pointe (information, communication, activités scientifiques et techniques) sont concentrés à São Paulo, de même que les activités bancaires et financières. Comme expliqué dans une chronique précédente, les deux principaux aéroports du pays sont situés dans l’agglomération, et l’ensemble du réseau routier, le principal moyen de transport au Brésil, converge vers la métropole. São Paulo est le principal centre d’affaire d’Amérique du Sud, le cœur de tous les réseaux de transport de personnes, de marchandises, d'énergie et d'information.

 

A 760 mètres d’altitude, l’agglomération est située à une cinquantaine de kilomètres de la côte, plus particulièrement de la ville de Santos, qui est en fait le port de São Paulo. La topographie de la ville est loin d'être plane, et les pluies violentes surtout d’octobre à mars, provoquent régulièrement de graves inondations dans les parties les plus basses. Si São Paulo est connue pour son climat imprévisible, elle l’est également pour les difficultés de circulation. Le réseau de transport public y est très insuffisant et les embouteillages sont quotidiens sur plusieurs centaines de kilomètres.

 

Ce qui impressionne lorsqu’on découvre São Paulo, c’est la forêt de gratte-ciels qui s’étend à perte de vue. Elle héberge d’ailleurs la plus grande flotte d'hélicoptères au monde. En fait, la ville s’est développée sans aucune planification urbaine, au fur et à mesure que des millions de migrants venus du monde entier arrivaient dans la métropole.

 

Si le centre ville est réservé aux personnes à revenus élevés, aux commerces de luxe et aux sièges des multinationales, São Paulo est un immense patchwork de banlieues et de zones périphériques, une juxtaposition de quartiers résidentiels de grand luxe et d'autres très misérables. Au fil des décennies, d’innombrables lotissements clandestins se sont développés sur des terrains sans titre de propriété (beaucoup ont été légalisés depuis) sans aucune règle ou spécification quelconque en matière d’infrastructures. Et les origines de la population ainsi que les niveaux de revenus ont entraîné d’importants contrastes entre les différentes parties de la ville.

 

São Paulo (Saint-Paul) a été fondée par des jésuites portugais en 1554. Difficile d’accès car située dans les montagnes et dépourvue de ressources naturelles, la petite bourgade est restée pendant longtemps pauvre et isolée du littoral. Ce n’est qu’à la fin du 18e siècle, lorsque les gisements d’or se sont épuisés et que l’économie du Brésil s’est déplacée vers une économie agricole (la canne à sucre, le café, le cacao…) que la ville a commencé à se développer.

 

A partir de la moitié du 19e siècle, un chemin de fer relie São Paulo au port de Santos et facilite l'exportation du café et d’autres voies ferrées sont créées, qui toutes convergent vers São Paulo, faisant de la cité un point de jonction. Le Brésil est de très loin le plus important producteur de café au monde (un tiers de la production mondiale) et la production a toujours été concentrée dans la région de São Paulo.

 

Vers la fin du 19e siècle, les premières industries s'installent, elles produisent des denrées alimentaires et des textiles et disposent d’un marché intérieur en pleine expansion. L’industrialisation du Brésil s’est focalisée à São Paulo, point de chute de la majorité des étrangers qui cherchaient l’aventure ou une vie meilleure au Brésil. Les entrepreneurs étaient presque toujours des immigrants, qui se sont établis à leur compte, après avoir d’abord travaillé comme ouvriers. Et la main d'œuvre était abondante : l’esclavage venait d’être aboli et les étrangers affluaient de toutes parts. C’est vers ces années que débute l’immigration massive d’européens non portugais, principalement les italiens.

 

Entre 1890 et 1900, la population de São Paulo passe de 65.000 habitants à 240.000. En 1950, la ville compte 2,2 millions d’habitants et en 1980, 8,5 millions. São Paulo est avant tout une ville d’immigrés originaires non seulement d’autres régions du Brésil (surtout du Nord-est, la région la plus pauvre), mais aussi d'Europe et d’Asie. Elle est aujourd'hui la ville où habitent les plus importantes populations d'origine italienne, japonaise, espagnole, portugaise et libanaise en dehors des pays respectifs.

 

La cité est la plus grande ville peuplée de personnes d'ascendance italienne. La communauté d’origine italienne représente plus de la moitié de la population totale, soit la plus grande communauté italienne du monde. Partout dans la ville, la cuisine italienne est à l’honneur, un million de pizzas sont servies chaque jour, comme à New York.

 

Mais il n’y a pas que les pizzas à São Paulo, la ville compte les meilleurs restaurants du Brésil. En effet, plus de 60% des restaurants gastronomiques (deux ou trois étoiles) du Brésil selon le guide “Quatro Rodas”, la référence en la matière, sont situés dans la seule ville de São Paulo. Capitale des affaires et de la gastronomie mais également capitale de la mode et de la culture. Les plus grandes manifestations d’Amérique du Sud se déroulent dans la ville, comme les "fashion weeks" ou les biennales d’art contemporains.

 

Jean-Pol Rihoux

 

Extrait de "52 chroniques pour découvrir le Brésil"