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Santos-Dumont, pionnier de l'aviation et symbole de l'amitié franco-brésilienne

Roberto Santos-Dumont (photo prise au musée du Parc national des chutes d'Iguaçu)
Roberto Santos-Dumont (photo prise au musée du Parc national des chutes d'Iguaçu)

Santos, c’est le nom de sa mère, une brésilienne issue d’une famille de notables. Et Dumont, c’est le nom de son père, français naturalisé brésilien, dont la famille avait quitté la France pour faire fortune dans les plantations de café au Brésil. Roberto Santos-Dumont voit le jour le 20 juillet 1873 au Brésil dans une petite ville de l’État de Minas Gerais, dans le sud-est du pays.

 

A 18 ans, il est contraint de déménager en France. Son père a un grave accident de cheval et pour se faire soigner, il vend l’immense plantation de café, quitte le Brésil et s’installe à Paris, où il décédera peu de temps après. C’est donc à Paris à l’école des Arts et Métiers que Roberto va entreprendre des études d’ingénieur. Depuis son enfance au Brésil dans la fazenda familiale, il a toujours été fasciné par la technique, par le fonctionnement des machines et des moteurs.

 

En cette fin du 19e siècle, Paris est le centre du monde, le centre du savoir, des arts et des lettres et des découvertes scientifiques. C’est également la belle époque avec toutes ses folies et ses exubérances. Roberto Santos-Dumont, qui a hérité de l’immense fortune de son père est un dandy qui se passionne pour tous les moyens de locomotion et en particulier pour l’aéronautique qui en est à ses balbutiements. En 1898 (il a alors 25 ans), il fait fabriquer un ballon dans une matière ultra légère, de la soie du Japon.

 

Ce petit ballon de 6 mètres de diamètre, qu’il appellera “Brasil” gonflé à l’hydrogène et muni d’une minuscule nacelle, emportera Santos-Dumont dans les airs pendant 5 heures, une durée impressionnante pour un si petit ballon. En cette même année, il fera construire un autre ballon beaucoup grand, capable de transporter plusieurs personnes. Avec ce ballon, il va remporter le premier prix d’un concours pour être resté 22 heures en l’air. En peu de temps, cet élégant brésilien est devenu la coqueluche du tout-Paris et il fait régulièrement la une des journaux.

 

Rapidement, il concentre ses travaux de recherche et de développement sur les dirigeables. En 1901, après plusieurs tentatives, il va gagner le prix Deutsch de la Meurthe, du nom d’un mécène, qui récompense celui qui parviendra à décoller de Saint-Cloud, aller jusqu'à la Tour Eiffel, la contourner et revenir à son point de départ, le tout en moins de 30 minutes. Après ce succès, il devient un véritable héros, vénéré en Europe comme au Brésil. Sans se déconcentrer, Santos Dumont va continuer ses expériences non plus sur les dirigeables mais sur les “plus lourds que l’air”.

 

La controverse sur l’auteur du premier vol mondial d’un plus lourd que l’air est toujours d'actualité. Pour les américains, ce sont les frères Wright, qui en 1903, dans la plus grande discrétion et sans témoin mandaté, ont fait décoller un engin volant sans roues mais avec des patins à partir d’une rampe de lancement. Pour les brésiliens, c’est Santos-Dumont; ils estiment que l’engin des frères Wright a bénéficié d’une effet de catapulte combiné à un plan incliné.

 

Devant une foule parisienne en délire, le 23 octobre 1906, Santos-Dumont vole sur soixante mètres à une altitude de deux à trois mètres. Ce fut le premier véritable vol d'un plus lourd que l'air autopropulsé, c'est-à-dire sans mécanisme de lancement. Et le 12 novembre, il parcourt en vol une distance de 220 m en 21 secondes. Cette performance est homologuée par la toute nouvelle Fédération Aéronautique Internationale (FAI) comme le premier record du monde d’aviation.

 

A partir de 1909, dans ses ateliers situés à Neuilly, il commence à construire la série des “Demoiselles”, qui augmentent encore sa renommée. Ces petit avions d’une incroyable maniabilité, combinaient pour la première fois, les bases essentielles des avions modernes. Ils furent les premiers appareils de tourisme mis en vente pour le grand public, en kit, fait de bambous et de toile de chanvre. Les avions de Blériot qui fut le premier à traverser la Manche en 1909 et de Roland-Garros, le premier à traverser la méditerranée en 1913, étaient largement inspirés de la “Demoiselle” de Santos-Dumont, nom donné à ces petits avions car il ressemblaient à des libellules.

 

Mais en mars 1910, atteint de sclérose en plaques et souffrant de dépression nerveuse, il annonce du jour au lendemain qu'il abandonne l'aviation. Dès lors, son existence sera une longue descente physique et intellectuelle. Il ne supportait pas que les avions soient utilisés à des fins militaires. Malade et dépressif, il se suicide le 23 juillet 1932, dans un hôtel d’une station balnéaire près de São Paulo. Il avait 59 ans.

 

Cet inventeur de génie, pionnier téméraire et dandy original était fier de sa nationalité brésilienne et bien qu’il vécut principalement en France, il revenait très régulièrement dans son pays natal. Le Brésil d’ailleurs n’a jamais cessé de lui manifester officiellement sa reconnaissance pour ses exploits. Au Brésil, il eut droit à des funérailles nationales et son nom fut donné à sa ville natale. Le premier aéroport construit à Rio de Janeiro s’appelle Santos-Dumont., face au piton rocheux du “Pain de Sucre” et à côté de la plage de Flamengo.

 

De nombreuses rues et endroits publics portent son nom au Brésil. Des stèles et des statues le représentant sont visibles dans plusieurs villes du pays. La plus fameuse est sans doute celle qui se trouve à côté des chutes d’Iguaçu. En 1916, lorsqu’il découvre les chutes, il fut tellement impressionné par la beauté du site qu’il se dépensa sans compter afin de créer à cet endroit un Parc national et que le domaine, alors propriété privée, soit reconnu d'intérêt public.

 

Mais c’est en France, plus précisément en Région parisienne qu’il réalisa ses exploits. En 1913, il reçu le titre de commandeur de la Légion d'Honneur pour services exceptionnels rendus à l'aviation. Plusieurs rues et un lycée en France portent le nom de Santos-Dumont. Et comme hommage de l’aéro-club de France dont il fut l'un des membres fondateurs, une statue le représente à Saint-Cloud.

 

Les amateurs de luxe et en particulier de belles montres, connaissent un des grands classiques de la marque Cartier, le modèle “Santos”. C’est pour son ami Roberto Santos-Dumont que Louis Cartier en 1904, fabriqua une première montre-bracelet car lors de ses tests aériens, Roberto ne pouvait se servir d’une montre à gousset.

 

Jean-Pol Rihoux

 

Extrait de "52 chroniques pour découvrir le Brésil"