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Oscar Niemeyer, grande figure de l'architecture moderne

Cathédrale de Brasilia
Cathédrale de Brasilia

Les principaux bâtiments publics de Brasilia, le secrétariat des Nations Unies à New York, le siège du Parti Communiste Français dans le 19e à Paris ou le musée d’art contemporain de Niteroi (dans la baie, face à Rio de Janeiro)... Voilà quelques unes des 600 œuvres de l’architecte brésilien Niemeyer.

 

Oscar Niemeyer (le nom lui vient de sa grand-mère immigrée allemande) a vu le jour à Rio de Janeiro le 15 décembre 1907 et il est décédé dans cette même ville en décembre 2012, à près de 105 ans.

 

En 1934, jeune diplômé en architecture, il rejoint le cabinet d’urbanisme de Lucio Costa à Rio de Janeiro. C’est la grande époque architecturale du modernisme, avec notamment l’architecte franco-suisse Le Corbusier. Costa sera le principal idéologue de l'architecture moderne au Brésil et, c’est au sein de son équipe que Niemeyer, fraîchement diplômé, va participer à la réalisation du futur ministère de l'Éducation et de la Santé, dans le nouveau quartier des ministères à Rio. L’architecte conseil de ce vaste projet n’est autre que Le Corbusier.

 

Niemeyer sera influencé par Le Corbusier mais s'en démarquera à travers son goût pour les courbes à l'opposé du style du franco-suisse qui lui paraît rigide et tristement fonctionnel. Alors que Le Corbusier ne jure que par l’angle droit et la ligne droite, Niemeyer préfère les courbes, une architecture plus libre, plus légère, plus sensuelle qui évoque les montagnes, le cours sinueux des fleuves ou le corps des femmes. Et les possibilités du béton armé lui permettront d'incroyables audaces.

 

Au début des années 1940, le projet d’aménagement des abords d’un lac artificiel (Pampulha) près de Belo Horizonte constitue sa première commande importante. La capitale de l'État du Minas Gerais a pour maire Juscelino Kubitschek, futur président qui plus tard fera ériger Brasilia. Il demande à Niemeyer de bâtir un complexe de plusieurs bâtiments : une église, un club nautique, un casino et une salle de bal. L'architecte va alors élaborer un ensemble surprenant de lignes droites et de courbes. Il dessine en particulier l'église Saint-François d'Assise comme une succession de vagues. Un édifice futuriste qui restera inoccupé pendant six ans tant l’architecture déplaisait aux autorités religieuses.

 

Kubitschek, devenu président de la République en 1955, décide alors de mettre en œuvre un projet sans cesse reporté : la construction d’une nouvelle capitale, Brasilia au cœur géographique du pays. Les activités économiques et administratives au Brésil étaient concentrées à proximité des côtes et il fallait développer le centre du pays. Brasilia devait incarner la fierté nationale, la modernité et faire table rase de l’époque coloniale.

 

Lucio Costa est chargé de réaliser le plan d’urbanisme, qu’il dessinera en forme d’avion aux ailes incurvées tandis que Niemeyer doit construire les principaux bâtiment publics : la cathédrale, le Congrès national, des ministères, le Tribunal suprême, le Palais de la présidence… En un peu plus de trois ans, par la force de milliers d’ouvriers travaillant jour et nuit, la nouvelle capitale va sortir de terre : un véritable choc architectural qui a fait entrer le Brésil dans la modernité. Brasilia, une cité futuriste inaugurée en 1960 et inscrite au Patrimoine mondial de l’Humanité de l’Unesco en 1987.

 

Mais pour Niemeyer, il ne suffit pas de construire une ville moderne, le plus important est de changer la société. Car l’architecte, depuis sa jeunesse, est un communiste convaincu et il le restera jusqu'à sa mort. Amer, Il constate que dès l'inauguration de la nouvelle capitale, les hommes d'affaires et les politiciens sont arrivés et que ceux qui avaient construit Brasilia en pensant que ce serait le point de départ d'une nouvelle vie, sont repartis aussi pauvres qu'avant.

 

Le coup d'État militaire de 1964 va contraindre Niemeyer à s’exiler car il n'est plus question pour les autorités brésiliennes de passer des commandes à un architecte communiste. Niemeyer part donc pour l'Europe, en France en particulier grâce au soutien d’André Malraux, alors ministre de la culture.

 

Cet exil va lui donner l'occasion de diriger de nombreux projets architecturaux en France mais également dans d’autres pays jusqu'en Afrique du Nord. En Algérie, il a conçu plusieurs bâtiments dont l’université de Constantine par exemple. En France, Il bâtira la maison de la culture au Havre, la “Bourse du travail” de Bobigny, le siège du quotidien “L’Humanité” et surtout, le siège du Parti Communiste, place du Colonel-Fabien, à Paris. Le président de la République française, Georges Pompidou, amateur éclairé, appréciait particulièrement l’architecture de ce bâtiment : “c’est la seule bonne chose que les communistes aient faite”.

 

Après une vingtaine d’années passées en France, Oscar Niemeyer retourne au Brésil. En 1988, il reçoit le Prix Pritzker, l’équivalent du prix Nobel en architecture et pour son centième anniversaire, il est élevé par la France, au grade de commandeur de la Légion d’honneur. Jusqu’à plus 100 ans, il va continuer à élaborer des projets et, des édifices signés Niemeyer font sortir de terre. Toujours bon pied bon œil, il va même se remarier à l’âge de 99 ans.

 

Niemeyer, le père de Brasilia, est devenu un mythe. Il a apporté à l’architecture moderne, une créativité faite de courbes et de sensualité. Par l'importance et l'originalité de son œuvre et par sa stature hors norme, il est la figure principale de l'architecture du XXe siècle au Brésil. Et bien au-delà de la pratique de son art, Il aspirait avant tout à un monde meilleur pour tous.

 

Pour en savoir plus, notamment sur ses réalisations, voyez le site internet de la Fondation Niemeyer: http://www.niemeyer.org.br/

 

Jean-Pol Rihoux

 

Extrait de "52 chroniques pour découvrir le Brésil"