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“Minas Gerais”, les mines de la Couronne portugaise

Photo : Wikipédia
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D’une superficie un peu inférieure à celle de la France, l'État de Minas Gerais est le plus grand État de la région Sud-Est du Brésil et le deuxième plus riche du pays après celui de Sao Paulo. Bien que sans accès à l’océan, le Minas Gerais occupe une position stratégique, une situation centrale entre les États de São Paulo et de Rio au sud, de Bahia au nord et de Goiás et du District fédéral à l’ouest.

 

Parler de Minas Gerais, les “Mines Générales”, c’est immanquablement replonger dans l’histoire car les premiers gisements d’or furent découverts à la fin du 17e siècle, dans cette région. Cette découverte a provoqué une ruée vers l'or, une croissance spectaculaire de la population du Brésil et le déplacement de la vie économique et politique du nord-est du pays vers le sud-est. Pour plus de détails, voyez ma chronique d’octobre 2017.

 

La quasi totalité de l’or et des diamants extraits était envoyée directement au Portugal et le cinquième de toutes ces richesses était directement destiné à la famille royale. C’est logiquement dans l’actuel Minas Gerais, qu’a soufflé le premier vent de révolte contre les portugais et que les bases de l’indépendance du Brésil ont été jetées. Les premières rébellions furent lourdement réprimées et l’un des leaders, Tiradentes, qui deviendra plus tard le symbole de la lutte pour l'indépendance du Brésil, fut pendu et démembré.

 

De cette époque où l’or et le diamant affluaient, subsistent les cités coloniales les plus belles et les mieux conservées du Brésil. Lorsque les gisements se sont épuisés à la fin du 18e, ces cités ont été désertées. Parmi celles-ci, Ouro Preto (Or Noir) est la ville historique la plus célèbre du Brésil, la première à avoir été classée au Patrimoine mondial de l’Unesco. Dans un cadre de montagnes, la cité ancienne est un musée vivant à ciel ouvert, avec ses rues pavées très pentues, ses bâtiments et ses façades de l’époque coloniale, ses magnifiques palais et ses églises baroques richement décorés. Vers 1750, la ville comptait plus d’habitants que Rio de Janeiro ou que New-York. D’autres cités coloniales, telles Diamantina, Tiradentes, Congonhas ou Mariana figurent au Patrimoine historique et comptent parmi les plus remarquables du pays. Le Minas Gerais est l’une des plus importantes destinations historiques et culturelles du Brésil. Des circuits organisés par quelques voyagistes européens permettent de découvrir ces magnifiques villes coloniales.

 

Le Minas Gerais est montagneux avec une dizaine de sommets qui culminent entre 2.400 et 2.900 mètres et il est traversé par de nombreux cours d’eau. Si l’extraction de divers minerais constitue encore la principale ressource, l’État est très rural. La moitié des aliments consommés au Brésil provient de cette région : café, produits laitiers, viande, fruits et légumes. Et les produits alimentaires estampillés “Minas” sont fameux dans tout le pays. Les célèbres “paes de queijo”, les pains au fromage sont originaires de cette région. Il s’agit de ces délicieuses petites boules de pain à base de farine de manioc et de fromage de lait de vache que les brésiliens consomment à toute heure, avec du café au lait.

 

C’est dans cet État également, qu’est survenue la pire catastrophe écologique de toute l'histoire du Brésil. Le 5 novembre 2015, la rupture du barrage de Bento Rodrigues a entraîné l'écoulement de millions de tonnes de boues issues de l'exploitation d'une mine de fer. Plus de 40 millions de mètres cubes d’une boue chargée de métaux lourds ont saccagé la faune et la flore, tué 19 personnes, rayé de la carte le village de Bento Rodrigues et dévasté toute une région. La coulée s’est déversée dans le Rio Doce et contaminé le fleuve, source principale de captation d'eau pour des milliers d'habitants. Elle s'est ensuite déversée dans l’océan Atlantique, quelques 600 kilomètres plus loin.

 

La capitale, Belo Horizonte communément appelée BH (prononcez Bé Aga) compte 2,5 millions d’habitants et l’agglomération fait 5,8 millions, soit la troisième la plus peuplée du Brésil après Sao Paulo et Rio. Le relief y est très accidenté, l’altitude de la ville varie de 650 mètres à plus de 1.500 mètres! Et effectivement, certaines rues sont très pentues, cela monte et cela descend beaucoup.

 

Dans le centre, la place de Liberté, avec ses jardins à la française et entourée de bâtiments historiques du 19e, est l’endroit le plus animé de la ville. Et à une dizaine de kilomètres de là, se situe le quartier de Pampulha, dont je vous ai entretenu il y a quelques semaines dans ma chronique sur l’architecte Niemeyer. Selon le maire de Belo Horizonte de l’époque et futur président de la république, Kubitschek, cet ensemble architectural devait faire de Pampulha le plus beau quartier résidentiel de tout le Brésil.

 

L’État de Minas Gerais compte parmi les plus remarquables et importants du pays, tant sur le plan historique que sur les plans économique et stratégique. Et les brésiliens originaires de cette région sont fiers de dire qu’ils sont de Minas.

 

Jean-Pol Rihoux

 

Extrait de "52 chroniques pour découvrir le Brésil"