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Le G10, les 10 plus grandes favelas du Brésil

Rocinha à Rio de Janeiro - Le G10, les 10 plus grandes favelas du Brésil
Rocinha à Rio de Janeiro

Le G10, les 10 plus grandes favelas du Brésil

A São Paulo, à Rio, à Salvador ou dans une autre grande métropole, une chose surprend celui qui débarque au Brésil: la proximité entre les quartiers résidentiels et les bidonvilles -les favelas- sans zone de transition.  

La première favela (c'est le nom d’une plante qui proliférait sur le premier lieu d'implantation) a vu le jour à la fin du 19e siècle, lorsqu’un versant de colline fut occupé par d’anciens combattants qui revenaient à Rio après une guerre dans l’État de Bahia. Par la suite, les populations les plus pauvres,  les esclaves affranchis et les paysans chassés des campagnes par la modernisation de l’agriculture se sont appropriés illégalement d’autres espaces dénués de toute infrastructure, pour y ériger des constructions de fortune. C’est ainsi que les bidonvilles se sont développés, de façon la plus anarchique sur des terres occupées sans titre de propriété.

A partir des années 1980, des “zones d’intérêt social” ont être reconnues par les autorités pour permettre aux habitants des favelas de construire et d’améliorer les habitations dans la légalité. Des associations, principalement, œuvrent pour que les favelas bénéficient d’eau courante, d’électricité, de réseaux d'égouttage mais également d’écoles, de terrains de sport et de centres culturels. 

Malheureusement, les maigres revenus que perçoit la plupart des familles brésiliennes ne font qu’augmenter le nombre d’habitants de ces quartiers défavorisés.   

Repaires de narcotrafiquants

La topographie de ces bidonvilles, souvent en hauteur et en inclinaison, en rend l’accès très difficile et le dédale de ruelles et d’escaliers en pente, favorise le retranchement des trafiquants de drogue qui y trouvent des consommateurs et des auxiliaires prêt à tuer ou à se faire tuer. Les tentatives d’éradication des mafias qui règnent sur les favelas par les forces de l'ordre, font chaque année de nombreuses victimes parmi les trafiquants, les forces de l’ordre mais également parmi les civils. Car la plupart des personnes qui vivent dans les favelas sont d’honnêtes travailleurs qui perçoivent le salaire minimum, 1.045 réais en mars 2020, soit +/- 200 euros.

Un quart de la population urbaine du Brésil

L'Institut Brésilien de Statistiques et de Géographie (IBGE) recense 6.329 favelas localisées dans 323 municipalités. L'IBGE définit la favela comme un habitat dense et désordonné de plus de 50 habitations érigées sur des terres sans titre de propriété et dépourvu des services publics essentiels. A Rio de Janeiro, il y en a près de 1.000 qui abritent  23% de la population de l'agglomération. A Belem, la capitale de l'Etat de Para, plus de 50% de la population vit dans des favelas. 

Selon l'IBGE, 6% de la population brésilienne vit dans des favelas et si on prend en compte la population urbaine uniquement, ce pourcentage grimpe à 26%.

Les favelas du G10

Fin novembre 2019, à l'instar des pays les plus puissants de la planète (G7, G20...), des représentants des 10 plus importantes favelas du Brésil ont constitué le "G10 Favelas", une association qui a pour objectif  le développement économique des favelas et la recherche de financement participatif pour lancer des projets locaux.

Font partie de de ce G10: 2 favelas de Rio, 2 de São Paulo, 2 de Belém (Etat de Pará), 1 de Recife (Etat de Pernambouc), 1 de São Luis (Etat de Maranhão), 1 de Manaus (Etat d'Amazonas) et 1 de l'agglomération de Brasilia (District Fédéral).

Passons en revue ces 10 favelas. Je mentionne, quand c'est possible, la population sur base d'évaluations récentes des habitants des favelas, des données beaucoup plus proches de la réalité que celles du recensement officiel de 2010.

Paraisópolis - São Paulo

Avec plus de 100.00 habitants, Paraisópolis, la "Cité du Paradis" est la 2e plus importante favela de São Paulo. Elle est située au sud, dans une des parties les plus riches de l 'agglomération. Au départ, les terrains étaient prévus pour accueillir des constructions de standing mais à partir des année 1950, ils ont été occupés illégalement par des migrants en provenance du nord-est du pays principalement. Ces populations pauvres trouvaient du travail dans la construction des immeubles de standing des quartiers huppés qui entourent la zone. 


Héliopolis - São Paulo

D'après les habitants, pas loin de 200.000 personnes vivent à Héliopolis, la "Cité du Soleil" de São Paulo, la plus grande favela de São Paulo, qui en compte plus de 600. A partir du début des années 1970, des terrains au sud-est de la capitale, qui appartenaient à des institutions publiques, ont été occupés par des populations originaires du nord-est qui arrivaient à São Paulo pour y trouver du travail et un meilleur niveau de vie.


Rocinha - Rio de Janeiro

Selon les données du recensement officiel de 2010, Rocinha comptait 70.000 habitants et était considérée comme la plus grande favela du Brésil. Aujourd'hui selon les estimations des représentants de la favela, plus de 150.000 personnes vivent à Rocinha. Elle est située au sud de Rio à proximité de l'océan et des quartiers chics du bord de mer. 

A partit des années 1930, des habitats de fortune ont été érigés sur des terrains à flanc de colline et le processus s'est accéléré dans las années 1950.


Rio das Pedras - Rio de Janeiro

La favela est située entre le Lagon de Tijuca et le Parc National de Tijuca, à une vingtaine de kilomètres au sud de Rio, à proximité du quartier huppé de Barra de Tijuca. Cette zone résidentielle de standing qui borde l'océan à connu un boom immobilier à la fin du 20e siècle et la construction de condominiums de luxe a exigé une importante main d'œuvre. La favela s'est développée à partir des années 1960 et compte aujourd'hui près de 100.000 habitants, c'est la 2e plus grande de Rio.

NB: le village très chic du Club Med du même nom (Rio das Pedras) est situé à une centaine de kilomètres plus au sud.


Cidade de Deus - Manaus

A partir de 1990, des familles ont commencé a occuper illégalement des terrains situés au nord de Manaus, la capitale de l'Etat d'Amazonas.  En 2010, la "Cidade de Deus" a été reconnue comme quartier officiel de la ville de Manaus. En 2017, la favela comptait 83.000 habitants.


Sol Nascente - District Fédéral

A Ceilândia, dans les faubourgs de Brasilia, à 30 kilomètres de l'Esplanade des Ministères , le centre du pouvoir au Brésil, se situe l'une des plus grandes favelas du pays, Sol Nascente, le "Soleil Levant".

La construction de Brasilia dans les années 1960 a exigé une main d'ouvre très importante en provenance de tout le pays. Les ouvriers se sont installés sur des terres en périphérie et y sont restés, Braslia étant réservée aux politiciens et aux classes aisées.

En 2019, la favela (officiellement 88.000 habitants) a été reconnue comme la 32e région administrative du District Fédéral.


Baixadas da Condor - Belém

Plus de la moitié des habitants de Belém, la capitale de l'Etat de Pará dans la région Nord-Est du Brésil vit dans des favelas, des habitats denses et désordonnés érigés sur des terres sans titre de propriété et bien souvent dépourvus des services publics essentiels. Il ne s'agit pas comme à Rio, à São Paulo ou dans la périphérie de Brasilia, de favelas récentes qui se sont développées par l'afflux de populations à le recherche d'une vie meilleure. dans les métropoles les plus riches du pays. Ici les favelas constituent la règle.

Cette favela est située au sud de la ville et d'après le recensement officiel de la population, elle comptait 39.000 habitants en 2010.


Baixadas da Estrada Nova Jurunas - Belém

La plus grande favela de Belém, dans le sud de la ville, à côté de celle de Condor. 

Selon le recensement officiel de la population, elle comptait 53.000 habitants en 2010.

 


Casa Amarela - Recife

Dans la région Nord-Est, Recife est la capitale de l'Etat de Pernambouc. Selon l'IBGE, 23% de la population de la ville vit dans des favelas. La Casa Amarela est la plus grande d'entre elles. Elle est située dans la partie nord de la ville et d'après le recensement de 2010, la favela comptait 53.000 habitants.


Coroadinho - São Luis

São Luis, la capitale de l'Etat de Maranhão, est également située dans la région Nord-Est du Brésil. Un quart de la population vit dans des favelas. Avec plus de 53.000 habitants, Coroadinho est la plus importante favela de l'agglomération.