Coronavirus: lits d'hôpitaux et capacité en soins intensifs au Brésil

Coronavirus: lits d'hôpitaux et capacité en soins intensifs au Brésil

Coronavirus: lits d'hôpitaux et capacité en soins intensifs au Brésil

Le coronavirus au Brésil

Ce 20 mai 2020 le Brésil enregistre officiellement 271.885 personnes infectées par le coronavirus et 17.983 décès. Des chiffres alarmants pour les médias français et belges francophones qui parlent de "situation catastrophique" au Brésil.

Pour comparer les pays entre eux, il faut bien entendu tenir compte de leurs populations respectives. Comparons quelques pays sur base du nombre de décès dû au coronavirus par million d'habitants (source: Johns Hopkins Coronavirus Resource Center) en date de ce 20 mai 2020. 

  • Belgique: 830 décès dus au coronavirus par million d'habitants
  • France: 410
  • Suisse: 220
  • Italie: 530
  • Espagne: 590
  • Allemagne: 100
  • Canada: 160
  • Etats-Unis: 280
  • Brésil: 85

Ces mêmes médias affirment que les structures hospitalières du Brésil sont insuffisantes pour faire face à la pandémie, sans citer aucune source, ni données quelconques. Qu'en est-il de la réalité, des capacités hospitalières et des unités de soins intensifs au Brésil? Des sources fiables et récentes nous renseignent de façon très précise:

  • le rapport très fouillée de 2019 (Cenário dos Hospitais no Brasil 2019) réalisé par la Fédération Brésilienne des Hôpitaux et par la Confédération Nationale de la Santé
  • les données du Conseil Fédéral de la Médecine (CFM) et de l'Association de la Médecine Intensive Brésilienne (AMIB)

Détaillons les chiffres et comparons objectivement le Brésil avec d'autres pays. Mais auparavant, quelques précisions sur le système des soins de santé du Brésil.

Les soins de santé au Brésil, un système à 2 vitesses

Au Brésil, pour une simple consultation, pour un examen ou pour des soins médicaux, il faut obligatoirement se rendre dans un hôpital, il n'y a pas de cabinets particuliers. Deux réseaux bien distincts cohabitent au Brésil: les hôpitaux publics (2.435 établissements en 2019) et les hôpitaux privés (4.267 établissements en 2019).

Les hôpitaux publics sont gratuits (SUS - Sistema Único de Saúde) mais généralement en piètre état, mal équipés et peu attractifs pour les professionnels de la santé. Les délais sont importants pour obtenir un rendez-vous avec un spécialiste et les files sont longues, même pour une simple consultation.

Par contre, les établissements privés disposent d'infrastructures de premier ordre, d'équipements à la pointe du progrès et de médecins de très haut niveau. La qualité des soins y est supérieure aux standards européens ou américains. Mais pour accéder à ces hôpitaux, il faut payer très cher ou disposer d'un plan de santé, une espèce de mutuelle. Pour une personne de plus de 65 ans le coût est de 1.000 réais par mois (l'équivalent du salaire minimum) et chaque année la mensualité augmente. D'après une étude de 2018 du Serviço de Proteção ao Crédito (SPC Brasil), 30% de la population brésilienne dispose d'un plan de santé et ce pourcentage tombe à moins de 15% dans les 2 régions les pauvres, le Nord et le Nord-Est.

Nombre de lits d'hôpitaux et nombre de médecins

Voyons le nombre de lits d'hôpitaux ainsi que le nombre de médecins pour 1.000 habitants dans quelques pays. Pour le Brésil, je détaillerai les hôpitaux et les lits disponibles selon les réseaux public et privé. 

 

Nombre de lits d'hôpitaux pour 1.000 habitants (données OCDE)

  • France: 6 (2017) 
  • Belgique: 5.7 (2018)
  • Suisse: 4.5 (2017)
  • Etats-Unis: 2.8 ((2016)
  • Canada: 2.5 (2018)
  • Brésil: 1.9 (2019 -  4.1 pour le privé et 1 pour le public - détails ci-dessous)

Selon un rapport de l'OCDE sur la santé paru en 2019, la diminution du nombre de lits d'hôpitaux pour 1.000 habitants est observée dans tous les pays du monde, à part quelques rares exceptions.

 

Nombres de médecins pour 1.000 habitants (données OMS)

  • France: 3.2 (2016)
  • Belgique, 3.3 (2016)
  • Suisse, 4.2 (2016)
  • Etats-Unis: 2.6 (2016)
  • Canada, 2.6 (2017)
  • Brésil. 2.2 (2018)

Les hôpitaux au Brésil

Une étude de 2019 menée par la Fédération brésilienne des Hôpitaux (Federação Brasileira de Hospitais) et par la Confédération nationale de la santé (Confederação Nacional de Saúde) détaille les hôpitaux publics et privés et leurs capacités d'accueil.

 

Nombre d'hôpitaux au Brésil en 2019

  • Privés + publics: 6.702 (en 10 ans, diminution de 3%)
  • Publics: 2.435 (en 10 ans, augmentation de 17%)
  • Privés: 4.267 (en 10 ans, diminution de 12%).

Cela signifie que 64% des hôpitaux brésiliens (idem pour le nombre de lits, voir ci-dessous) ne sont accessibles qu'à 30% de la population, à savoir les personnes qui disposent d'un plan de santé. Toutefois la tendance s'oriente vers une diminution de cette inégalité, puisque en 2010, 70% des hopitaux étaient privés. 

 

Nombre de lits d'hôpitaux au Brésil en 2019

  • Privés + publics: 410.225 (en 10 ans, diminution de 6%)
  • Publics: 149.530 (en 10 ans, augmentation de 7%)
  • Privés: 260.695 (en 10 ans, diminution de 12%)

En 2019, secteurs privé et public confondus, il y avait 1.93 lits pour 1.000 habitants alors que ce taux était de 2,23 en 2010.  Les 30% de la population brésilienne qui possèdent un plan de santé disposent de 4.1 lits pour 1.000 habitants alors que 70% de la population ne peut compter que sur 1 lit.


Coronavirus: capacité d'accueil en soins intensifs au Brésil

La capacité d’accueil en soins intensifs est cruciale pour répondre à la pandémie. Partout où le coronavirus COVID-19 sévit, les hôpitaux sont débordés, de nouvelles installations sont construites dans l'urgence et des patients sont transportés dans des régions moins touchées. 

 

Dans un article du 9 avril dernier, le grand quotidien Folha de São Paulo rappelle qu'en situation normale, l'OMS recommande 10 lits en soins intensifs pour 100.000 habitants et que dans les pays atteints par la pandémie du coronavirus, la demande grimpe à 24 lits.

Selon les données du Conseil Fédéral de la Médecine (CFM) et de l'Association de la Médecine Intensive Brésilienne (AMIB), le Brésil dispose de 47.000 lits en soins intensif, soit 21 lits pour 100.000 habitants. Un bon résultat si on le compare aux pays européens (voir ci-dessous) mais fortement influencé par la capacité des hôpitaux privés. En effet, les heureux bénéficiaires de plans de santé ont à leur disposition 48 places en soins intensifs pour 100.000 habitants, soit un nombre de places nettement supérieur à l'Allemagne (+/- 30 places) cité en exemple en Europe. Par contre les hôpitaux publics, qui accueillent 70% de la population, ne disposent que de 10 lits pour 100.000 habitants. La situation est particulièrement inquiétante dans les régions les plus pauvres, le Nord et le Nord-Est. L'Etat d'Amapá, à la frontière avec la Guyane française, n'a que 3 lits pour 100.000 habitants et les Etats de Roraima, Pará, Piauí, Maranhão et Bahia, seulement 6.

 

Le grand quotidien de São Paulo explique également qu'avant le début de la pandémie, les hôpitaux publics étaient déjà sous forte pression avec un taux d'occupation en soins intensif de 95%, contre 80% dans le privé selon l'AMIB. Autre problème, les patients infectés par le coronavirus restent en soins intensifs entre 2 et 3 semaines alors que durée moyenne est de 1 semaine dans les hôpitaux publics. Logiquement, le Ministre brésilien de la Santé et les médecins ont lancé des cris d'alarme, largement répercutés par les médias.

 

Quelle est la situation dans les autres pays? J'ai épluché des dizaines d'articles de presse et consulté les données de sites référents. Voici le nombre de lits en soins intensifs pour 100.00 habitants dans quelques pays avant le début de la pandémie du coronavirus.

  • Belgique: 17 (+/- 2.000  lits)
  • France: 11 (+/- 7.000 lits)
  • Brésil: 21 (+/- 47.000 lits). 48 pour le privé et 10 pour le public
  • Canada: (Québec): 11 (+/- 1.000 lits). Le taux est légèrement inférieur pour l'ensemble du Canada
  • Suisse: 12 (+/- 1.000 lits) 
  • Etats-Unis: 31 (+/- 100.000 lits)
En matière de soins intensifs, force est de reconnaître que le Brésil n'est certainement pas plus mal armé que la plupart des pays pour affronter la pandémie, même si insuffisamment comme c'est le cas pour tous les pays dans le monde. Et fait étonnant, la capacité des soins intensifs par habitant en France, au Canada ou en Suisse est à peine supérieure à celle du secteur public brésilien (SUS), pourtant et à juste titre, décrié. Autre constatation, le secteur privé brésilien des soins de santé fait partie des meilleurs de la planète.

Enfin, sachez que les gouverneurs des Etats de la République Fédérative du Brésil, et non le Président Bolsonaro, ont seuls le pouvoir de décider du confinement ou non dans leurs Etats respectifs.

 

Jean-Pol Rihoux