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Fordlândia, la ville fantôme du Brésil

Fordlândia, la ville fantôme du Brésil
Fordlândia

Fordlândia, la ville fantôme du Brésil

Le commerce du caoutchouc

Le latex extrait des hévéas de la forêt amazonienne avait la meilleure qualité au monde, et alimentait les énormes besoins des industries naissantes en Europe et en Amérique du Nord. Les arbres poussaient à l'état sauvage dans le bassin amazonien. 

Mais en 1876, l'explorateur britannique Henry Wickham réussit à sortir frauduleusement du Brésil environ 70.000 graines de cet arbre précieux. A partir de ces graines, des plantations d'hévéas furent développées dans les colonies britanniques, en Asie du Sud-Est. Le commerce mondial du caoutchouc passa ainsi entre les mains des anglais. L'Amazonie, qui produisait 95% du caoutchouc mondial au début du 19e siècle, ne servait plus en 1928 que 2,3% de la demande mondiale.

Le projet pharaonique d'Henri Ford

Pionnière dans le développement des techniques de production de masse, la Ford Motor Company avait créé en 1908 la première voiture à la portée de la classe moyenne, la Ford T. Dans les années 1920, Ford contrôlait pratiquement toutes les matières premières utilisées pour fabriquer des automobiles, du verre au bois et au fer. Mais le caoutchouc était contrôlé par les européens, qui le produisaient dans leurs colonies du sud-est asiatique et en fixaient le prix.  

En 1927, Henri Ford, âgé de 64 ans, était une icône. Son nom évoquait la révolution technologique, comme Steve Jobs aujourd'hui.. Pour garantir sa propre source de caoutchouc, nécessaire à la fabrication de pneus et de pièces automobiles, Henri Ford eut l'idée de réactiver la production du latex en Amazonie, en créant de toutes pièces une cité ouvrière façonnée à l'américaine, au cœur de la forêt amazonienne: Fordlândia, un projet pharaonique.

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Fordlândia, le mode de vie américain au cœur de l'Amazonie

Fordlândia, au début des années 1930 - Fordlândia, la ville fantôme du Brésil
Fordlândia, au début des années 1930
Fordlândia, au début des années 1930 - Fordlândia, la ville fantôme du Brésil
Fordlândia, au début des années 1930

L'accord de création de la ville ouvrière a été conclu entre la Ford Motor Company et le gouvernement de l'Etat de Pará en septembre 1927. La concession du terrain de près de 15.000 km² (la moitié de la superficie de la Belgique) s'accompagnait de l'exonération du paiement de toute redevance d'exportation pour le caoutchouc et les autres produits fabriqués sur place.

Toutes les structures en pièces détachées d'une ville américaine typique et d'une usine, furent acheminées dans les cales de navires en provenance des Etats-Unis, par la rivière Tapajós (l'un des affluents de l'Amazone), la seule voie d'accès.

Peu à peu, des chemins de béton avec éclairage public ont été ouverts et des maisons préfabriquées ont été construites dans différentes zones pour les travailleurs brésiliens et les dirigeants de Ford.  Fordlândia ressemblait à une ville typique du Midwest américain avec une église, un hôpital, une piscine publique, des restaurants, une salle de spectacle... Et bien entendu, l'usine de caoutchouc. À son apogée, la cité possédait de belles maisons avec balcons et jardins, des entrepôts industriels pour le traitement du latex, un immense réservoir d'eau qui garantissait l'approvisionnement de la ville, l'assainissement de base et l'hôpital était le mieux équipé de toute la région. Tout était américanisé, y compris la nourriture servies dans les cantines, à base de produits importés des Etats-Unis exclusivement.

Extrêmement puritain, Henri Ford exigeait que les "valeurs américaines" de l'époque soient respectées. Ainsi à Fordlândia, fumer et boire étaient interdits, de même que les relations sexuelles hors mariage. Comme aux Etats-Unis, la Ford Motor Company entendait diriger l’hygiène personnelle des travailleurs, la gestion des ménages et des loisirs. L'horaire de travail était fixé de 9h à 17h, comme dans toutes les usines de la société, alors que la chaleur et le climat équatorial imposaient d'autres horaires.

La débâcle

Fordlândia, la ville fantôme du Brésil
Fordlândia
Fordlândia, la ville fantôme du Brésil
Fordlândia

Attirés par la perspective de bons emplois et d'une vie moderne, des milliers de travailleurs brésiliens et leurs familles ont afflué à Fordlândia.

Mais dès le début, il y a eu des problèmes de production. En Amazonie, les hévéas poussaient vigoureusement à l'état sauvage, de façon désordonnée au milieu d'autres espèces. Les plantations ordonnées d'hévéas, trop près les uns des autres, ont été rapidement la proie de maladies et de ravageurs locaux.

Par ailleurs, les règles très strictes et le mode de vie américain n'ont pas plu aux travailleurs brésiliens. Les boissons alcoolisées, le tabac et même le football étaient interdits dans la ville. Et la nourriture, composée de hamburgers et de conserves américaines n'était pas à leur goût. Ils réussirent à contourner les interdictions en créant une petite colonie à quelques kilomètres de la ville, avec des bars et des lieux d'amusement. En 1930, il y a eu même une révolte au cours de laquelle les travailleurs brésiliens ont chassé des cadres américains qui ont dû fuir par bateau. L'armée brésilienne est intervenue pour rétablir l'ordre.

De leur côté, les managers américains n'avaient aucune expérience de l'Amazonie, en particulier de l'agriculture. La plupart n'ont pas réussi à s'adapter au climat équatorial, plusieurs ont succombé à des maladies comme la fièvre jaune et le paludisme.

Après de nombreuses années d'essais et d'erreurs, Henri Ford a finalement décidé d'envoyer des spécialistes de l'agriculture équatoriale à Fordlândia. Ils ont conclu que l'emplacement choisi pour la plantation était inapproprié, l'endroit avait été déterminé en raison de sa facilité d'accès par la rivière. Ces experts ont alors choisi un autre endroit, appelé Belterra. Tout de suite, l'emplacement s'est révélé beaucoup plus prometteur, mais c'était trop tard car au milieu des années 1940, le caoutchouc synthétique a été inventé. En 1945, le petit-fils de Henry Ford a revendu l'ensemble de l'entreprise au gouvernement brésilien, subissant une importante perte. Les américains ont plié bagages et sont rentrés chez eux, laissant une ville fantôme.

Fordlândia est considérée comme le seul véritable échec dans la vie d'Henry Ford - qui, il faut le dire, n'a jamais mis les pieds au Brésil.