Nous irons tous, tous, tous... à Caldas Novas


Caldas Novas, ce nom ne vous dit sans doute rien. C’est une petite ville de 80.000 habitants située dans le sud de l'État de Goiás, dans le centre du Brésil, à 800 kilomètres de l’océan et à 300 kilomètres de la capitale, Brasilia. Inutile de chercher dans le Guide Vert ou dans le Guide du Routard, vous ne trouverez rien.

 

Sans avoir mis les pieds au Brésil, tout le monde a rêvé de Rio de Janeiro, de Copacabana ou d’Ipanema, de Salvador de Bahia, des plages de sable blanc aux eaux turquoises, des grandioses chutes d’eaux d’Iguaçu, ou encore de l’Amazonie. Mais probablement pas de Caldas Novas.

 

Les voyagistes européens proposent des circuits au Brésil qui comprennent la plupart du temps les grands classiques, mais également la découverte du Pantanal, la plus vaste zone humide au monde à la frontière bolivienne et sa faune exceptionnelle ou encore, la visite des petites villes coloniales perdues dans les reliefs montagneux du Minas Gerais... Vous l’avez compris, Caldas Novas ne fait pas partie des options, même en cherchant bien.

 

Et pourtant, Caldas Novas est un des premiers pôles touristiques du pays et fait partie des lieux de villégiature préférés des brésiliens. La cité compte une bonne centaine d’hôtels, d’innombrables locations de vacances et enregistre plus de trois millions de visiteurs par an (à peu près comme à Bruxelles), avec des pointes de 500.000 personnes lors des fêtes de fin d’année ou pendant le carnaval. Les brésiliens principalement du centre du pays (les villes de Brasilia et Goiânia) et du sud-est (les villes de São Paulo ou Belo Horizonte) s’y pressent en rangs serrés.

 

Pour quelles raisons, une telle affluence? Comme je vais vous l’expliquer, il est question d’eaux à Caldas Novas. Et même s’il ne s’agit pas d’eau bénite, on peut pourtant bien parler de miracle.

 

Pour comprendre, opérons un petit retour en arrière qui nous situe comme bien souvent dans l’histoire brésilienne, au début du 18e siècle, la période de la ruée vers l’or. Les États actuels de Minas Gerais vers l’est (les Mines Générales) et de Goiás, au centre du pays, faisaient l’objet d’une intense prospection de la part des portugais qui cherchaient des métaux précieux. En 1722, des sources d’eaux chaudes ont été découvertes à Caldas Novas par des prospecteurs d’or, mais à l’époque, ils avaient d’autres chats à fouetter et, ce n’est qu’un siècle plus tard que quelques curistes ont commencé à fréquenter les lieux pour soigner leurs articulations.

 

Mais le véritable développement de Caldas Novas et l’explosion du tourisme de masse qui y est associée ne remontent qu’à une bonne cinquantaine d’années, au début des années 1960. Il faut savoir qu’au début du 20e siècle, les activités économiques et touristiques du Brésil étaient essentiellement concentrées le long des côtes ou à proximité de celles-ci et, la capitale du pays était Rio de Janeiro. La volonté des autorités de l’époque a été de développer l’intérieur du pays en construisant des villes “à la campagne”. Le meilleur exemple est Brasilia, certainement pas l’exemple le plus beau (je ne conteste pas la beauté intemporelle des bâtiments de l’architecte Oscar Niemeyer) car Lucio Costa, le concepteur du plan d’urbanisme avait une vision futuriste où tout était organisé et planifié pour la voiture au détriment de l’être humain. Je viens de revoir le film avec Belmondo, “l’Homme de Rio”, tourné en partie à Brasilia lors de sa construction au début des années 1960 : l’endroit fait peur!

 

Revenons à nos eaux chaudes. Dans la foulée de la décentralisation des zones administratives et économiques vers l’intérieur du pays, Caldas Novas a bénéficié au début des années 1960 de vastes programmes d’investissements pour y attirer les touristes : hôtels, résidences de tourisme, immeubles à appartements, parcs d’attraction et surtout des parcs aquatiques couplés à des resorts hôteliers. Un véritable miracle économique! Et aujourd’hui encore, de nouveaux développements immobiliers continuent d’éclore et se propagent au-delà de la ville, notamment en bordure de l’immense retenue d’eau du Rio Corumba. D’après le site brésilien de Wikipédia et d’autres publications, Caldas Novas est la plus importante station hydrothermale du monde.

 

Impossible à Caldas Novas de faire 100 mètres à pied ou 500 mètres en voiture sans être accosté par un vendeur de “time sharing” qui vous propose de visiter un appartement ou une chambre d’hôtel. Tous les soirs, des dizaines de concerts animent les hôtels et les terrasses de restaurants. Le plus grand festival de musique country de brésil (a musica sertaneja) y est organisé chaque année. Les brésiliens viennent à Caldas Novas pour les piscines et les parcs aquatiques, pour l’animation et pour y faire la fête. Partout on ressent cette ambiance festive liée à la détente et aux périodes de fêtes et de vacances.

 

Si on peut comprendre que Caldas Novas ne constitue pas un point de chute pour les touristes étrangers qui visitent le Brésil (on n’imagine pas non plus un brésilien venir en Europe pour visiter un CenterParc ou un SunPark) laissons aux brésiliens le plaisir de goûter aux joies des parcs aquatiques et des virées nocturnes.

 

Pâques, noël, nouvel an, carnaval… Autant d’occasions pour débarquer à Caldas Novas et y faire la fête. Et comme je vis à Goiânia, à 170 kilomètres, j’avoue y avoir passé le week-end de Pâques et j’y ai séjourné à deux reprises lors de voyages précédents.

 

Pour fuir les bars, les hôtels-club et les piscines, cap sur le “Parque Estadual da Serra de Caldas Novas”, la montagne de Caldas Novas, un vaste espace naturel classé situé tout à côté de la ville. Voyez sur “Google Earth”, la ville de Caldas Novas est située à l’est de la montagne. Ce petit massif montagneux dont le sommet avoisine les mille mètres, est typique du Cerrado, la vaste savane brésilienne du centre du pays : sommet plat et pentes escarpées avec de nombreuses chutes d’eau. Des sentiers balisés, avec de forts dénivelés, sont accessibles au milieu d’une forêt subtropicale très dense.

 

Mais je réserve le meilleur pour la fin, un coin de paradis situé en plein cœur de Caldas Novas. Eh oui! Imaginez un parc tropical -pas un parc aquatique- de 2,5 hectares avec des petits sentiers, des cascades, plusieurs piscines naturelles (l’une est à 37,5 degrés), des jacuzzis (l'un est à 43 degrés) et 29 chalets disposés en pleine nature : c’est l’hôtel “Parque das Primaveras”. Ce merveilleux endroit, véritable havre de calme et de bien-être, vaut à lui seul le voyage.

 

Jean-Pol Rihoux

 

Extrait de "52 chroniques pour découvrir le Brésil"