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Le futebol

Quand on évoque le Brésil, on associe immédiatement quelques mots : samba, carnaval, Copacabana ou football, “o futebol” en portugais. Petit rappel, le Brésil est un pays de langue portugaise. En version adoucie!

 

Le Brésil a gagné cinq fois la coupe du monde de football, un record, et a organisé à deux reprises cette compétition. Ironie du sort, ce fût à chaque fois une grande tragédie.

 

En 1950, alors que les 200.000 personnes présentes au stade du Maracaña à Rio de Janeiro, inauguré pour l’occasion, attendent le sacre mondial, la “Seleção” (l’équipe nationale) se fait battre contre toute attente par l'Uruguay, le petit pays voisin. Et en 2014, tout le monde a encore en mémoire l’humiliation subie face aux allemands.

 

Heureusement depuis juin 2016, avec la nomination de Tite au poste d'entraîneur, l’équipe enchaîne les victoires et est d’ores et déjà qualifiée pour la prochaine coupe du monde qui aura lieu en 2018 en Russie. Le beau jeu, la rapidité, la créativité, la technique, le talent inné des joueurs brésiliens et leur amour du ballon rond, ont fait du Brésil le pays du football. A tel point que les joueurs brésiliens constituent la principale source de recrutement des plus grands championnats du monde (Allemagne, Italie, Angleterre, Espagne et France) mais également de championnats émergeants comme la Chine qui dispose de budgets colossaux.

 

Selon le site allemand Transfermarkt, référence en matière de valeur marchande des joueurs, près de 2.200 footballeurs professionnels brésiliens évoluent dans 137 championnats étrangers. Pas tous bien entendu dans des clubs de haut niveau. Cette année, 428 brésiliens évoluent au Portugal, 172 en Allemagne, 133 en Italie et 88 au Japon... Et les plus grands clubs du monde disposent tous de plusieurs brésiliens dans leur effectif, Chelsea 6 ou Barcelone 4 par exemple. Le PSG, en transférant Dani Alves, vient d’engager le trentième brésilien de son histoire!

 

D’après le très sérieux centre d’étude suisse sur le football CIES qui vient de passer au crible 2.120 clubs de 140 championnats dans près de 100 pays, le Brésil est la principale association exportatrice de joueurs, très loin devant tous les autres pays. Cet observatoire constate que le joueur brésilien constitue à l'heure actuelle “la seule main d'œuvre véritablement globale dans l'industrie du football professionnel”. La quasi totalité des joueurs internationaux évoluent à l’étranger et de nombreuses rencontres de la Champions League sont retransmises en direct à la télévision brésilienne.

 

Malgré l’attrait de ces clubs de rêve et de leurs stars tel Neymar, un véritable dieu au Brésil, les compétitions nationales restent très populaires et font l’objet d’un battage médiatique quotidien.

 

Au Brésil, le championnat national commence au mois de mai et se termine en décembre. Il regroupe les 20 meilleurs équipes du pays dans une compétition classique comment il en existe dans tous les pays. Il y a une série A et une série B (la deuxième division) de 20 clubs également. Les principales équipes, celles qui attirent le plus de spectateurs et qui disposent des plus gros budgets, se concentrent dans le sud et le sud est, et en particulier dans quatre grandes villes.

 

São Paulo (l’agglomération fait 20 millions d’habitants soit le dixième de la population brésilienne) se taille la part du lion avec les quatre équipes les plus titrées du Brésil : Palmeiras, 9 titres, Santos (le port à une cinquantaine de kilomètres du centre) 8, Corinthians et São Paulo, chacune 6 titres. C’est dans cette ville que logiquement le nombre moyen de spectateurs par match est le plus élevé. L’année dernière, Palmeiras et Corinthians ont réunis une moyenne de 35.000 spectateurs. D’après le classement de la FIFA des meilleurs clubs du 20e siècle, Santos arrive en 5e position, derrière le Real de Madrid, Manchester United, le Bayern Munich et Barcelone. Pelé et plus récemment Neymar y ont évolué pendant de nombreuses années.

 

Parmi le dix premiers de ce prestigieux classement, figurent également deux clubs de Rio, Flamengo (5 titres de champion) et Botafogo (2 titres). En plus de ces deux clubs, Rio de Janeiro héberge les équipes de Fluminense et de Vasco de Gama, 4 couronnes de champion brésilien chacune. Flamengo est le club le plus populaire (il est surnommé le “club le plus aimé du Brésil”) et le plus puissant de Rio. Les rivalités entre ces quatre équipes s’étend bien en dehors des terrains et il y a une quinzaine jours, une personne a été tuée lors d’un affrontement entre Vasco de Gama et Flamengo. Mais l’évènement majeur dans la vie sportive de Rio, c’est le derby entre Flamengo et Fluminense, le célèbre “Fla-Flu”. En 1911, une dispute entre des joueurs de Fluminense avait provoqué une scission et certains avaient alors quitté le club pour fonder la section football du club de régates de Flamengo.

 

Porto Alegre, la capitale de l’État de Rio Grande do Sul, le plus au sud du Brésil, compte deux équipes animées d’une grande rivalité l’une vis-à-vis de l’autre : l’Internationale (3 titres de champion), un club qui se voulait lors de sa création en 1909 ouvert à tous et Grêmio (2 fois champion du Brésil), fondé par des immigrants allemands et italiens. Notons que l’Internationale qui vient d’être relégué en serie B, a maintenu un des budgets les plus importants du pays et attire toujours autant les foules.

 

Enfin Belo Horizonte, la capitale de l’État de Minas Gerais héberge deux des plus puissants clubs brésiliens, Cruzeiro qui a remporté 4 championnats dont les titres en 2013 et 2014 et Atlético Mineiro, une couronne de champion.

 

Au niveau des budgets, on est très loin des revenus des meilleures équipes européennes. Selon les sources, les rentrées des clubs de pointe sont de l’ordre de 100 à 140 millions d’euros alors que d’après le dernier rapport du bureau d’audit Deloitte, les plus grands clubs européens tels que Manchester United, Barcelone, le Real de Madrid ou le Bayern de Munich dégagent des revenus entre 600 et 700 millions d’euros.

 

Notons encore que pour la saison 2016, l'assistance moyenne en série A était de 16.000 spectateurs. Très loin de la moyenne des championnats allemand (43.000 personnes - Dortmund détient le record mondial, 81.000 spectateurs en moyenne) ou anglais (36.000), mais plus proche des championnats italien (22.000) ou français (21.000).

 

Il ne faut pas perdre de vue que les moyens financiers de la plupart des brésiliens sont très faibles et que de janvier à avril, se déroulent les championnats des États. Ces compétitions sont aussi populaires que le championnat national, voire plus, car elles rassemblent toutes les équipes d’une même région.

 

Jean-Pol Rihoux

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