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Goiânia, loin des clichés sur le Brésil

Ni samba, ni bossa nova, la musique la plus populaire à Goiânia, c’est la musique de la campagne, la country brésilienne, “a musica sertaneja”, bien loin de l'image d'exubérance tropicale.

 

Goiânia est d’ailleurs considérée comme la capitale de cette musique, originaire du "Sertao", une région aride et pauvre du nord-est du pays. Cela peut paraître étonnant mais la musique sertaneja est la plus jouée à la radio et dans les fêtes au Brésil. Selon la société Crowley, spécialisée dans l'industrie de la musique, sur les 100 chansons les plus entendues à la radio l'année dernière au Brésil, 75 étaient du genre "sertanejo".

 

A partir des années 1980, cette musique est devenue célèbre avec des spectacles organisés en marge de foires agricoles. Et plus récemment dans sa version moderne (des guitares et piano électriques ont été ajoutés aux guitares traditionnelles et à l'accordéon), la musique sertaneja a été propulsée vers l'avant scène bien au-delà du Brésil avec des succès planétaires comme “Balada” de Gusttavo Lima ou “Ai se eu te pego” de Michel Telo, qui commence avec le fameux "Nossa! Nossa!". Des vedettes auprès desquelles le footballeur Neymar se joint volontiers sur scène.

 

Contrairement à de nombreuses villes au Brésil, Goiânia n’a pas de tradition carnavalesque. A l’occasion des jours fériés de carnaval, les habitants quittent la ville pour se rendre principalement à Caldas Novas (voir ma chronique de juin dernier). Ce sont plutôt les foires agricoles jumelées à des concerts sertanejo, les festivals de musique et les immenses marchés hebdomadaires (dont la feria "hippie", le plus grand marché à ciel ouvert du Brésil) qui mobilisent les foules.

 

La fondation de Goiânia en 1933 s’inscrit dans le vaste mouvement de développement du centre du Brésil. Cette marche vers l’ouest nécessitait l’implantation d’une infrastructure de base pour permettre la migration de populations du sud et du sud est. Depuis 1937, la ville est devenue la capitale de l'État de Goiás (l’un des 26 États du Brésil) dans la Région Centre-Ouest du Brésil. L’axe Goiânia Brasilia qui fait 200 kms est le troisième pôle économique du pays après São Paulo et Rio. Pour rappel, la capitale Brasilia fondée en 1960 est constituée en un district fédéral, enclavé dans l'État de Goiás. La ville de Goiânia est très étendue, 740 km² (en comparaison, la Région de Bruxelles-Capitale fait 165 km²) et en 2016, elle comptait 1.450.000 habitants. L'agglomération fait plus de 2.200.000 habitants.

 

L’altitude varie de 750 à 800 mètres et le climat se révèle idéal. Un climat tropical avec une saison sèche, de mai à septembre. Nous sommes début août et cela fait trois mois, qu’il n’est plus tombé une goutte de pluie. D’octobre à mars, il y a de fortes (mais courtes) averses un jour sur deux. La température maximale moyenne est constante tout au long de l’année entre 29° et 32° selon les mois et, la température minimale moyenne entre 13° (en hiver, de juin à septembre) et 20°. Le nombre d’heures d’ensoleillement est proche de celui de la Côte d’Azur en France.

 

Goiânia est traversée par quelques petites rivières mais il n’y a pas un grand cours d’eau digne de ce nom. Et pour accéder à l’océan, il faut compter un millier de kilomètres.

 

Les 32 parcs et espaces boisés constituent les principaux attraits de Goiânia. La ville est très arborée, 94 m2 d’espace vert par habitant, soit le record du pays. A ce titre, Goiânia est considérée comme la “Capitale verte du Brésil”. Sur le plan architectural, Il y a bien quelques bâtiments art-déco datant des années 1950 (pas toujours en très bon état), mais il n'y a pas de centre historique à proprement parler, une place ou un endroit précis clairement identifié comme tel. Les nombreux restaurants (la gastronomie constitue un autre attrait local) et les bars avec d'immenses terrasses couvertes, des écrans géants et bien souvent de la musique live, accueillent des centaines de personnes, principalement dans deux quartiers huppés du centre géographique de la ville , les "setors" Marista et Bueno.

 

Goiânia, c'est une juxtaposition de quartiers couverts de véritables forêts de hauts immeubles de standing (comme dans beaucoup de villes au Brésil) et d’autres parfois sans infrastructure avec de petites maisons très simples. Ce qui frappe également c’est le grand nombre de condominiums fermés de villas de grand luxe aux portes de ville. Dans un rapport de l’ONU sur l’état des villes du monde en 2010/2011, Goiânia obtient le classement peu flatteur de la ville la plus inégalitaire du Brésil, selon l’indice de "Gini" qui mesure l'inégalité de revenus, les différences entre riches et pauvres.

 

Pour les amateurs de football, Goiânia possède un superbe stade "Serra Dourada" d'une capacité de 50.000 places et héberge trois équipes de renommée nationale (actuellement Atletico en série A, Vila Nova et Goiás en série B). Les derbies excepté, on ne peut dire que le football attire les foules à Goiânia : selon le site spécialisé Transfertmarkt, la moyenne de spectateurs par match pour ces trois dernières années n'a jamais dépassé les 10.000 personnes pour aucun de ces clubs.

 

En conclusion, Goiânia, la capitale du Far West brésilien est une grande ville arborée située au milieu de la vaste savane brésilienne, le Cerrado. Une ville où il fait bon vivre et qui bénéficie d'un climat idéal, agréable toute l'année. Une ville attachante qu'il faut apprendre à apprécier en flânant dans ses parcs et en s'attablant à la terrasse d'un restaurant pour déguster une feijoada et boire une bière glacée, tout en écoutant de la musique sertaneja. Bien loin des plages, de la samba et du carnaval, mais toujours avec la même allégresse, la même chaleur et la même joie de vivre des brésiliens.

 

Jean-Pol Rihoux