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L’insécurité au Brésil

Rio de janeiro
Rio de janeiro

La criminalité, les soins de santé, l’éducation, les transports : des problèmes majeurs qui touchent les brésiliens de plein fouet. Aujourd’hui je vais aborder celui qui préoccupe le plus la population : l’insécurité.

 

En 2015, 59.000 personnes ont été assassinées au Brésil, ce qui représente un taux d'homicides de 29 pour 100.000 habitants. Les États du Nord-Est, les plus pauvres, là où se trouvent les plus belles plages du Brésil, sont les plus violents. Contrairement à ce qu’on pourrait croire l’État de São Paulo, le plus peuplé, est le plus sûr, avec un taux de 12. Et l’État de Goiás où je vis, est le sixième État (sur vingt-six États plus le district fédéral) le plus violent du pays avec un taux d’homicides de 44. Oups!

 

A titre de comparaison, ce taux en Belgique et en France se situe entre 1 et 2 pour 100.000 habitants et aux États-Unis, il est de l’ordre de 5.Ces données sont assez constantes depuis plusieurs années et selon une étude du mois dernier de l’officiel “Fórum Brasileiro de Segurança Publica” (la source des chiffres), un brésilien sur trois a un parent ou un ami qui a été assassiné.

 

La société américaine d’analyse de risques “Verisk Maplecroft”, pointe dans son classement 2016 des pays les plus dangereux du monde, treize pays présentant un risque extrême. Parmi les huit pays les plus dangereux du monde, à côté de la Syrie, de l’Irak et de l'Afghanistan, figurent cinq pays d’Amérique latine : le Salvador, le Venezuela, le Honduras, le Mexique et le Guatemala. Le Brésil tout comme l’Argentine, la Russie, l’Inde ou l’Afrique du Sud sont classés, parmi d’autres, dans une deuxième catégorie de pays au “risque élevé”.

 

Le classement 2016 des 50 villes les plus dangereuses du monde (villes de plus de 300.000 habitants, hors pays en guerre) vient d’être publié par l’organisme mexicain “El Consejo para la Seguridad Publica”, la référence en la matière. 43 de ces 50 villes sont situées en Amérique latine et la ville la plus dangereuse du monde (comme en 2015) est Caracas, la capitale du Venezuela, avec un taux d’homicides de 130. Le Brésil est bien représenté avec 21 villes (principalement situées dans le nord-est du pays) dont Goiânia! Notons que Rio de Janeiro n’en fait pas partie. De façon générale, les pays d’Amérique latine et en particulier le Brésil sont des pays très dangereux. Parmi les causes, citons la pauvreté d’une grande partie de la population, les inégalités sociales, la drogue et l’argent facile lié aux trafics.

 

Matin, midi et soir, les grandes chaînes de télévision nous abreuvent de vidéos prises par les caméras de surveillance omniprésentes : meurtres ou tentatives de meurtre et vols avec une extrême violence. Ici à Goiânia et dans les environs, plusieurs personnes sont tuées tous les jours, parfois simplement pour un téléphone portable. Les scénarios sont bien souvent identiques, deux personnes casquées en moto attaquent une personne seule ou portant des objets de valeur. Parfois, l’assaillant est simplement à vélo. Autre cas classique : la prise d’assaut des véhicules à l’arrêt à un feu ou lors de l’ouverture d’une porte de garage.

 

Pourtant les forces de police sont bien présentes et mieux vaut ne pas tomber entre leurs mains. Les criminels sont plaqués au sol sans ménagement et embarqués dans le hayon arrière des voitures de police. Et le bandit qui a le malheur de se faire maîtriser par les victimes ou les témoins, se fait sévèrement passer à tabac.

 

Les actions de lutte contre la drogue et les mafias de dealers sont tout aussi spectaculaires. Il y a quelques semaines, les télévisions ont largement relayé l’évacuation à São Paulo d’un quartier du centre ville, “Cracolandia”, une zone de non-droit occupée par plus de deux milles drogués et trafiquants, une cour des miracles peuplée de zombies errant entre des cahutes de toile et de carton et consommant du crack à longueur de journée et de nuit. Citons également la pacification de plusieurs favelas à Rio de Janeiro menée par les forces spéciales brésiliennes contre les trafiquants de drogues entraînant de nombreuses victimes parmi les mafias de la drogue et parmi ces brigades d’élites, généralement vêtues de noir et dont l’insigne est la tête de mort.

 

La pauvreté touche une grande partie de la population et les perspectives ne sont guères réjouissantes. Fin avril 2017, le taux de chômage était de 13,6% et plus de 14 millions de personnes cherchaient du travail. Et les indemnités de chômage sont limitées à une période maximale de 5 mois. Le salaire minimum (beaucoup de travailleurs peu qualifiés perçoivent ce salaire) s’élève à plus ou moins 300 euros. C’est également le montant minimum de la retraite. Ici il n’y pas de revenu minimum d’insertion si ce n’est une “bolsa familia” d’une bonne cinquantaine d’euros par mois perçue par quatorze millions de familles les plus démunies du pays. Lorsqu’on sait que le coût de l’électricité ou de l’eau, par exemple, sont proches de ceux pratiqués en France ou en Belgique… En 2015, le pays a connu une hausse des prix à la consommation de 11%, puis de 6% en 2016.

 

A la pauvreté s’ajoute les inégalités sociales et un usage des deniers publics qui favorise une minorité au détriment de la collectivité, des écoles, des hôpitaux publics et des infrastructures. Les plus nantis préfèrent se réfugier dans des condominiums entourés de hauts murs électrifiés dont le périmètre fait parfois plusieurs dizaines de kilomètres, et gardés par des milices privées. Passé le contrôle à l’entrée du domaine (un garde téléphone au propriétaire de la villa où vous êtes attendu et vérifie vos pièces d’identité), on pénètre dans un autre monde : plusieurs dizaines de villas hollywoodiennes entourées de vastes jardins sont disséminées entre les allées, parterres fleuris, espaces verts ou boisés, lacs et terrains de sports.

 

Par ailleurs, les coûts de l’organisation pharaonique des jeux olympiques et de la coupe du monde de football, totalement disproportionnés par rapport aux moyens du pays, ont été selon la bonne formule, mutualisés alors que les recettes ont été individualisées. Et tous les jours, de nouveaux faits de corruption pour des centaines de milliers d'euros, sont dévoilés à une population qui peine à vivre.

 

Tout cela ne doit pas nous faire oublier que l’immense majorité des brésiliens sont accueillants, souriants et généreux, une vertu qui dans nos pays européens se limite à la petite bonne conscience et au confort moral. Les brésiliens se plient en quatre pour vous faire plaisir ou simplement vous donner un renseignement. Si quelqu’un manque de nourriture ou tombe malade, les voisins partagent ce qu’ils ont ou l’accompagnent dans un hôpital. Si vous êtes la cible d’un voleur, les gens se portent sans hésiter à votre secours et tentent de maîtriser le bandit. Tout le contraire de ce qui se passe dans nos pays en Europe. Si vous êtes attaqué dans le métro ou dans la rue, les gens qui vous entourent ne bougent pas, tant par lâcheté que par égoïsme et, ils s’écartent pour laisser passer l’assaillant. Bien que nantis, la plupart des gens, engoncés dans un égoïsme et un individualisme forcené, affichent leurs tristes figures de grincheux. Quel contraste avec les brésiliens!

 

Prendre les précautions élémentaires et veiller à ne pas constituer une cible potentielle pour les criminels, en vaut largement la peine car vivre au Brésil, profiter de son climat et de ses beautés et plus encore, de l’allégresse et de la générosité des brésiliens n’a pas de prix.

 

Jean-Pol Rihoux

 

Extrait de "52 chroniques pour découvrir le Brésil"