· 

La fièvre de l'or - Histoire du Brésil, de 1690 à 1822

Ouro Preto
Ouro Preto

Dans une chronique précédente du mois d’août, je vous avais raconté l’histoire du Brésil, depuis sa découverte en l’an 1500 jusqu’à la fin du 17e siècle. Aujourd'hui, je vais vous faire traverser le 18e, marqué par la découverte de mines d’or et de diamants et vous emmener jusqu'en 1822, à la proclamation de l’indépendance du Brésil.

 

Dans les années 1690, des aventuriers découvrent de l'or dans l’État qui s’appelle aujourd'hui Minas Gerais, les “Mines Générales”, une région montagneuse située dans centre-sud-est du pays.

 

Ce fût le début de la ruée vers l'or, la première de l’ère moderne, et d’une augmentation spectaculaire de la population. Ainsi entre 1690 et la fin du 18e siècle, la population du Brésil est passée de 300.000 à 3 millions d’habitants.

 

Durant cette période, plusieurs villes sont fondées. Vila Rica, actuellement Ouro Preto (Or Noir) devient rapidement une ville très prospère et vers 1750, elle comptait plus d'habitants que Rio de Janeiro ou que New York! Aujourd’hui la ville a gardé ce cachet de cité coloniale aux rues pavées très pentues et ses magnifiques églises baroques richement décorées. Lorsque les gisements se sont épuisés, la ville a été abandonnée et elle a très peu changé depuis cette époque. C’est la cas également d’autres villes comme Diamantina (c'est là que furent découvertes des mines de diamant) inscrites comme Ouro Preto, au Patrimoine mondial de l’Humanité de l’Unesco. Les gisements de diamant autour de Diamantina étaient si abondants que le cours du diamant baissa de 75% à l'époque!

 

Des chemins se créèrent notamment pour relier Rio de Janeiro, le port le plus proche, à 400 kilomètres de là. Le Minas Gerais vida de sa population le reste du Brésil et attira la quasi totalité des immigrants. Le centre économique et politique du pays se déplaça du nord-est vers le sud-est. En 1763, Rio de Janeiro devint la nouvelle capitale du Brésil à la place de Salvador, ville qui fût le symbole de la prospérité de l’industrie de la canne à sucre entre 1550 et la fin du 17e siècle. Cette période a marqué le début de l’occupation des régions intérieures du Brésil, qui jusque là n’était peuplé que dans ses régions côtières. Des gisements furent également découverts dans des régions plus éloignées des côtes, comme le Goiás ou le Mato Grosso.

 

Très peu d’or extrait du Brésil y est resté, les richesses du territoire étaient envoyées directement au Portugal. Le nombre de chercheurs d’or fut tel que le roi du Portugal promulgua une loi spéciale pour contrôler le nombre d’étrangers qui partaient faire fortune au Brésil : il fallait posséder une autorisation et un passeport spécial. Et le cinquième de tout l’or extrait était directement destiné à la famille royale, augmenté de taxes.

 

Cela explique la rébellion contre la couronne portugaise de 1789, la “conjuration minière” dirigée par des mineurs qui appartenaient à l’élite, mais aussi par des fonctionnaires de la colonie poussés par le vent de liberté qui soufflait en Europe et aux États-Unis. La rébellion fut lourdement réprimée et l’un des leaders de la révolte, Tiradentes (l’arracheur de dents), fut pendu et démembré afin de donner un sévère avertissement à la population. Plus tard, il deviendra le symbole de la lutte pour l'indépendance du Brésil.

 

A la recherche d’or, des expéditions furent menées vers le sud-ouest, bien au-delà des limites fixées par le traité de Tordesillas. Pour rappel, toutes les terres découvertes ou à découvrir à l'est du méridien de Tordesillas, actuellement vers 46°, devaient devenir biens du Portugal, toutes celles à l'ouest, de l'Espagne (voir ma chronique du mois d’août sur la découverte du Brésil). Les conflits sur les frontières coloniales du Sud ont conduit alors à la signature du traité de Madrid en 1750 : l'Espagne et le Portugal acceptaient une expansion considérable du Brésil vers le sud-ouest. Cette extension comprenait les trois États de la région actuelle du Sud, Rio Grande Do Sul, Santa Catarina et le Paraná. Comme je l'ai déjà mentionné à quelques reprises, cette région est actuellement considérée comme l’Europe du Brésil à cause de son climat et de l'importance de l'immigration italienne et allemande.

 

Avant la fin du 18e siècle, les gisements de métaux précieux commencèrent à s’épuiser et un nouveau cycle économique s'amorca. D’une économie minière dominante, le Brésil revint à une économie essentiellement agricole, la canne à sucre, le café, le cacao, les cultures vivrières et l’élevage. Et grâce à l’explosion démographique provoquée par l’exploitation de l’or et du diamant, une classe moyenne composée d’artisans, d’artistes et d'intellectuels se développa et, le Brésil connu à cette époque une effervescence politique, sociale et culturelle. De nombreuses sociétés et académies furent créées, marquant le début d'une vie littéraire et culturelle nationale.

 

Pendant ce temps-là, les armées de Napoléon envahissent l’Europe et, la famille royale portugaise fuit le pays et transfère le siège du royaume à Rio de Janeiro, en 1808. C’est donc au Brésil que l'héritier de la couronne, Dom Pedro, grandit et s'éprend de la colonie portugaise en pleine ébullition politique et culturelle. Lorsqu’en 1821, la cour retourne à Lisbonne, le roi laisse à son fils Dom Pedro la charge de gouverner la colonie. Mais le prince se sent beaucoup plus brésilien que portugais et ne désire pas rentrer au Portugal, malgré les injonctions de la cour royale. Il prend fait et cause pour les autonomistes et proclame l'indépendance du Brésil le 7 septembre 1822. Le prince est alors couronné empereur à Rio de Janeiro sous le nom de Pierre 1er, mettant fin à 322 années de domination coloniale du Portugal sur le Brésil. L’Empire du Brésil venait de naître... Suite dans un prochain épisode.

 

Jean-Pol Rihoux

 

Extrait de "52 chroniques pour découvrir le Brésil"