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Le pèlerinage à Trindade, impressionnant!

A chacune de mes visites au Brésil, j’entendais l’une ou l’autre de mes connaissances parler de son pèlerinage à Trindade, à une vingtaine de kilomètres de Goiânia, dans l’État de Goiás. J’imaginais un endroit du style Banneux ou Beauraing, petites villes de pèlerinage marial en région wallonne de Belgique. Je me trompais fortement!

 

Commençons par un peu d’histoire, qui immanquablement nous ramène aux portugais. En 1843, des chercheurs d’or découvrent dans le lit d’une rivière une médaille de la Sainte Trinité (oups!) et quelques années plus tard, en guise de dévotion, ils érigent une chapelle. Trindade venait de naître.

 

Fin 19e, une congrégation religieuse originaire de Bavière en Allemagne s’y installe et en 1912, une superbe petite église baroque est inaugurée et baptisée “Sanctuaire du Divin Père Éternel”.

 

Pour accueillir les nombreux pèlerins qui affluent au sanctuaire, une nouvelle et beaucoup plus grande église fut construite entre 1957 et 1974. Et en 2006, le sanctuaire devint basilique. Pour mémoire, l’appellation “basilique” est un titre honorifique octroyé par le Pape à certaines églises remarquables fréquentées par les pèlerins.

 

A Trindade, l’énorme et plutôt moche édifice moderne des années 60, trône au milieu d’une immense esplanade située sur un promontoire d’où débouchent des dizaines de rues toutes identiques avec des centaines (plutôt des milliers) d’échoppes de toile bleue, au point qu’il est impossible de distinguer les façades des maisons. Un véritable casse-tête pour retrouver son chemin parmi les dizaines de milliers de personnes qui arpentent les rues.

 

A l’entrée principale de la ville, un grandiose portique en forme de croix accueille les automobilistes et les piétons. Le ton est donné, l’endroit est entièrement dédié au tourisme religieux.

 

Cette année, du 23 juin au 2 juillet, avait lieu le pèlerinage annuel au sanctuaire du Divin Père Éternel de Trindade. Il s’agit du deuxième plus grand événement religieux du pays après le pèlerinage à Notre-Dame d’Aparecida, la sainte patronne du pays. Le sanctuaire national d’Aparecida dans l’État de São Paulo est le deuxième plus grand édifice chrétien du monde après la basilique Saint-Pierre à Rome. L’église peut contenir 30.000 personnes et le parvis, 300.000!

 

En dix jours, 3 millions de personnes ont franchi la seul de la Basilique de Trindade. Un chiffre impressionnant lorsqu’on pense que Lourdes, haut lieu de pèlerinage s’il en est en France, accueille plus ou moins 6 millions de pèlerins par an.

 

Revenons au sanctuaire de Trindade. A un niveau en dessous de la basilique se trouve la “salle des miracles”, une véritable caverne d’Ali Baba. D’abord, des dizaines de milliers de photos de miraculés recouvrent des pans de murs entiers. Ensuite à côté de confessionnaux, d’articles religieux divers proposés à la vente, d’oratoires, d’autels et de statues de saints, on découvre les dons offerts par des fidèles en guise de remerciement. On y trouve de tout, une flopée de télévisions, d’ordinateurs et de machines de bureaux qui feraient la joie de collectionneurs, des peaux de serpent ou de jaguar, des pianos, des centaines de montres et de bijoux, des vélos, des ustensiles de cuisines… sans oublier un mouton empaillé à deux têtes.

 

De Goiânia à Trindade, une voie longe l’autoroute, “o Caminho da Fé”, le chemin de la foi, réservée aux piétons. Ce véritable chemin de croix, jalonné par les 14 stations traditionnelles, fait exactement 18 kilomètres, et pour la plupart des fidèles, il fait partie intégrante du pèlerinage. Pendant ces 10 jours, près de 2 millions de personnes ont emprunté cette voie qui a parfois l’allure d’une artère de centre ville un jour de soldes. Sur ce chemin parcouru de jour, malgré la forte chaleur, ou de nuit, des centaines d’échoppes proposent des boissons, de la nourriture et d’autres articles comme des tee-shirts par exemple. Les pompiers et les forces de l’ordre sont présents partout sur le parcours, ce qui n’empêche pas les attaques et les vols aux endroits les plus sombres pendant la nuit.

 

Tous les matins, l’édition locale de la principale chaîne de télévision brésilienne, Globo, est en direct depuis le départ du fameux “chemin de la foi” et à Trindade, pour commenter les événements de la veille et présenter le programme de la journée: messes, bénédictions, processions, défilés... Pendant ces 10 jours, la ville est en ébullition pratiquement 24 heures sur 24.

 

Les fidèles dont de nombreux invalides qui espèrent un miracle, arrivent de partout, à pied principalement, en autocar, en voiture, à cheval (l’État de Goiás est très rural) ou avec leurs attelages de boeufs, parfois en plusieurs étapes. Chaque année un défilé réunit près de 400 attelages de bœufs. Certains ont fait plus de 200 kilomètres pour participer à cet événement inscrit au patrimoine historique national, dans un endroit spécialement dédié, le “carreiródromo”. A l’image du “sambodrome” où a lieu le défilé du carnaval à Rio de Janeiro.

 

Un petit train, ou plutôt une carriole motorisée, fait le tour des rues non piétonnes dans cette ambiance d’allégresse propre au Brésil. Le guide qui commente le circuit entonne un chant religieux populaire et tout le monde l’accompagne en levant les mains. Réjouissants, la bonne humeur et le sourire des brésiliens!

 

Je croyais avoir tout découvert mais ce circuit me réservait une surprise de taille. Nous quittons la ville (qui compte une centaine de milliers d’habitants) et gravissons un chemin pentu qui nous amène au sommet d’une vaste colline. Là je fais face à un chantier gigantesque : les travaux de la nouvelle basilique entrepris en 2012 et qui devraient se terminer en 2022. Cette nouvelle église sera le deuxième plus grand édifice chrétien de toute l’Amérique latine, juste après le sanctuaire national d’Aparecida. Parmi les chiffres affolants de ce véritable complexe religieux, citons un parking pour 30.000 voitures et 4.000 autocars.

 

Et last but not least, dans le courant de cette année, la basilique actuelle du Divin Père Éternel va recevoir la plus grande cloche suspendue du monde, fabriquée en Pologne, d’un poids de 50 tonnes, de 4 mètres de haut et 4.5 mètres de diamètre. Pour l’instant la plus grande se trouve au Japon à Gotemba. Pour les amateurs de cloches, les plus grandes, non suspendues, se trouvent en Asie et à Moscou une cloche pèse 200 tonnes. Amen.

 

Jean-Pol Rihoux

 

Extrait de "52 chroniques pour découvrir le Brésil"