· 

Rio de Janeiro, ville merveilleuse

Rio : plage de Copacabana depuis le "Pain de Sucre"
Rio : plage de Copacabana depuis le "Pain de Sucre"

Difficile d’écrire un article sur Rio, tout a été dit et écrit et les guides regorgent de renseignements et de bons plans. Et tout le monde y va de ses coups de cœur, de ses scoops et de ses trouvailles, qui à force, sont bien souvent les mêmes. Rio est une ville extraordinaire, une “ville merveilleuse” avec des endroits magiques comme le “Pão de Açúcar”, le Corcovado ou la plage de Copacabana.

 

Rio, c’est un enchevêtrement de pics vertigineux flanqués de favelas, de quartiers grouillant de vie, de forêts tropicales luxuriantes, le tout en bordure de plages de sable blanc et de baies magnifiques. A couper le souffle!

 

Petite parenthèse scolaire pour débuter. Située dans le sud-est du pays, Rio est la ville la plus peuplée du Brésil après São Paulo : 6 millions d’habitants et l’agglomération en fait le double. Jusqu’en 1960 et la fondation de Brasilia dans le centre du pays, la ville fût la capitale du Brésil.

 

Rio est campée en bordure de l’océan atlantique, sur la baie de Guanabara qui pénètre une trentaine de kilomètres dans les terres. Cette vaste baie est extrêmement polluée (on a pu le constater lors des derniers jeux olympiques) car la majorité des eaux usées de la ville y est déversée sans traitement. Pour se baigner, il faut oublier les belles plages de Flamengo, de Botafogo ou la mignonne petite plage située au pied du Pão de Açúcar, sous peine de complications sanitaires. La première plage vers les sud à la sortie de la baie de Guanabara, où l’on peut oser mettre le pied dans l’eau, c’est Copacabana. Très clairement, il faut s’éloigner de la ville pour trouver une eau de baignade de qualité.

 

Copacabana, le nom fait rêver! Il s’agit d’une anse de 5 kilomètres qui porte le nom de Leme dans la petite portion la plus au nord et de Copacabana pour sa plus grande partie. La plage est très large, de même que la promenade et l’avenue qui la bordent. Et effectivement, c’est un endroit de rêve pour passer la journée à ne rien faire, à boire de la bière glacée et à grignoter dans un des restaurants sur la promenade en bordure de plage. Petit avertissement, il est impossible de rester cinq minutes sans être abordé par un vendeur : porte-clés, tee-shirts, colliers, bracelets, casquettes, gaine de faux tatouage à enfiler sur le bras (acheté, mais pas encore utilisé), souvenirs en tout genre... sans oublier de la drogue!

 

La foule est énorme en particulier le dimanche quand la plage est prise d’assaut par les habitants des quartiers nord défavorisés. Les contrôles de police sont fréquents dans les autobus à la sortie des tunnels qui débouchent dans le quartier de Copacabana pour prévenir le déferlement de bandes de jeunes voyous qui, au pas de course, envahissent périodiquement la plage et volent tout ce qu’ils peuvent.

 

Juste après Copacabana, passons à Ipanema, l’autre plage mythique de Rio, une anse (Ipanema/Leblon) un peu moins longue et moins large, prisée par les brésiliens fortunés qui y trouvent de somptueux appartements et des boutiques de luxe. L’endroit est plus branché et utilisé pour la pratique de différents sports comme le beach-volley ou le foot-volley. Toutefois, Copacabana est plus hétéroclite et plus agréable selon moi, pour s’attarder dans un des petits restaurants qui, à distance régulière, s'égrainent le long de la promenade.

 

Une des choses surprenantes à Rio, c’est la proximité entre les quartiers résidentiels et les favelas, sans zone de transition. Ainsi par exemple, deux avenues derrière la plage de Copacabana, entre des immeubles de standing, une ruelle escarpée marque l’entrée de la favela Babilonia.

 

La première favela (le nom d’une plante) a vu le jour à la fin du 19e siècle, lorsqu’un versant de colline fut attribué à d’anciens combattants qui revenaient à Rio après une guerre dans l’État de Bahia. Par la suite, les populations les plus pauvres se sont appropriées illégalement d’autres espaces pentus à flanc de colline, dénués de toute infrastructure, pour y ériger des constructions de fortune. Depuis des associations principalement et l’administration œuvrent pour permettre à ces quartiers défavorisés de bénéficier de la distribution d’eau et d’électricité, de canalisations mais également d’écoles, de terrains de sport et de centres culturels.

 

La topographie de ces bidonvilles, en hauteur et en inclinaison, en rend l’accès très difficile et le dédale de ruelles et d’escaliers en pente favorise le retranchement des trafiquants de drogue qui y trouvent des consommateurs et des auxiliaires prêt à tuer ou à se faire tuer. La pacification et les tentatives d’éradication des mafias qui règnent sur les favelas par le “Bope”, le groupe d'intervention d'élite de l'État de Rio (des commandos entraînés à la guerre urbaine, habillés de noir et à l’insigne de tête de mort) font chaque année de nombreuses victimes parmi les trafiquants, les forces de l’ordre mais également parmi les civils. Car la plupart des personnes qui vivent dans les favelas sont d’honnêtes travailleurs qui perçoivent le salaire minimum de l’ordre de 300 euros par mois.

 

Aujourd’hui il y a près de 1.000 favelas (mille!) à Rio, dont Rocinha (proche de Leblon/Ipanema) qui compte 70.000 habitants, la plus grande favela d’Amérique latine. D’après le recensement de “l'Instituto Brasileiro de Geografia e Estatística” de 2010, 23% de la population de Rio vit dans des favelas.

 

Pour la visite des principales attractions de la ville, je vous conseille vivement de passer par une agence de tourisme qui propose des tours organisés. Comme dans la plupart des grandes villes, il y a plein de belles choses à voir, des musées, des églises baroques, des parcs, des quartiers anciens… Mais il y a deux endroits exceptionnels et incontournables : le Pão de Açúcar (le Pain de Sucre) et le Corcovado avec la statue du Christ Rédempteur.

 

Le Pao de Açucar, un dôme rocheux abrupt, surgit de la mer à une hauteur de près de 400 mètres. On y accède par deux téléphériques après une première étape sur un morro (colline) intermédiaire. De là-haut, on se rend compte pourquoi Rio de Janeiro porte le nom de “ville merveilleuse” : juste en face, à l’ouest sur un éperon rocheux le Corcovado avec la grandiose statue du Christ Rédempteur, au nord le gigantesque pont d’une quinzaine de kilomètres qui relie Rio à Niteroi de l’autre côté de la baie, et plus près, le quartier historique et puis les plages de Flamengo et de Botafogo. Au sud, on aperçoit au pied de la colline, la Praia Vermelha, une craquante petite plage de sable jaune doré (attention, l'eau est polluée), et après la colline de Leme, la plage de Copacabana.

 

Pour atteindre le Cristo Redentor, le chemin est bien plus long et là aussi la foule est gigantesque. Il faut traverser la luxuriante forêt de Tijuca, la plus grande forêt urbaine du monde, pour arriver au sommet du pic rocheux du Corcovado à 710 mètres d’altitude. Pour s’y rendre, on a le choix entre le funiculaire ou une petite route très pentue avec de nombreux lacets. Pour tous, la dernière partie du trajet se fait obligatoirement en minibus.

 

Il est également possible de gravir la montagne à pied par des sentiers à travers la forêt tropicale, mais ce n’est pas vraiment à conseiller. Samedi dernier, la chaîne de télévision Record relatait que ces 10 derniers jours, 58 attaques y avaient été dénombrées!

 

Lorsqu’enfin on arrive tout en haut, la vue est époustouflante et sous la protection des bras ouverts du Christ Rédempteur (la statue de 30 mètres de haut a été réalisée en France dans les années 1920 et ensuite acheminée par bateau au Brésil et inaugurée en 1931), on prend conscience de se trouver dans un des lieux les plus fabuleux de la planète.

 

Jean-Pol Rihoux

 

Extrait de "52 chroniques pour découvrir le Brésil"