La littérature brésilienne s'est construite entre héritage portugais, cultures africaines et indigènes et quête d'une identité propre. De Machado de Assis aux romanciers contemporains, elle offre une porte d'entrée privilégiée pour comprendre le pays avant d'y vivre.
La littérature brésilienne compte parmi les plus riches et les plus originales d'Amérique latine. Machado de Assis (1839-1908) est généralement considéré comme le plus grand écrivain brésilien de tous les temps : ses romans Dom Casmurro et Mémoires posthumes de Brás Cubas (écrits à la première personne d'un narrateur mort !) ont révolutionné la littérature en langue portugaise par leur ironie, leur psychologie complexe et leur modernité formelle extraordinaire pour l'époque.
Les romans incontournables de la littérature brésilienne moderne
Jorge Amado, auteur bahianais (1912-2001), a fait connaître la culture et la sensualité brésiliennes dans le monde entier avec des romans comme Gabriela Girofle et Cannelle, Dona Flor et ses deux maris (adapté au cinéma) et Capitaines des sables (adaptation cinématographique très récente). Ses romans se passent à Salvador de Bahia et mêlent passion, candomblé, gastronomie et politique dans une prose colorée et chaleureuse. Sur un thème voisin, explorez Le cinéma brésilien : des classiques aux productions contemporaines.
La littérature contemporaine brésilienne est représentée par des voix puissantes et originales. Clarice Lispector (1920-1977), ukrainienne naturalisée brésilienne, a produit une œuvre expérimentale et introspective qui la place parmi les plus grands auteurs du XXe siècle mondial. Paulo Coelho, auteur de L'Alchimiste traduit en 88 langues (livre de fiction le plus vendu au Brésil), et Chico Buarque, compositeur et romancier, sont les auteurs brésiliens contemporains les plus lus à l'international.
Le modernisme, une révolution des années vingt
Au début du XXe siècle, une génération d'écrivains et d'artistes rompt avec les modèles européens, et la Semaine d'art moderne organisée à São Paulo marque ce tournant. Mário de Andrade publie Macunaïma, récit d'un héros sans aucun caractère qui mêle mythes indigènes et satire, et Oswald de Andrade lance le Manifeste anthropophage, qui propose de dévorer les influences étrangères pour en faire une culture brésilienne. Ce mouvement a durablement marqué la littérature, la peinture et la musique du pays.
Le sertão et le roman régional
Une autre veine explore l'intérieur aride du Nordeste. Graciliano Ramos, dans Sécheresse, raconte avec une sobriété saisissante l'errance d'une famille de paysans chassée par la faim. João Guimarães Rosa, avec Diadorim, titre français de Grande Sertão : Veredas, invente une langue foisonnante pour faire du sertão un univers métaphysique. Ces livres demandent un peu d'effort, mais ils donnent une compréhension profonde du Brésil rural, loin des plages et des grandes villes.
La poésie, de Drummond à Cecília Meireles
Le Brésil est aussi un pays de poètes. Carlos Drummond de Andrade, figure majeure du XXe siècle, mêle ironie et mélancolie dans une langue simple ; Manuel Bandeira et Cecília Meireles ont marqué des générations de lecteurs. La chanson prolonge cette tradition : des auteurs comme Vinicius de Moraes étaient à la fois poètes et paroliers, et la bossa nova doit beaucoup à leurs textes.
Voix contemporaines et lecture en français
La scène actuelle est foisonnante. Conceição Evaristo donne voix aux femmes noires des périphéries, Milton Hatoum situe ses romans à Manaus, au cœur de la forêt du Nord, et Itamar Vieira Junior a connu un large succès avec Torto Arado, roman sur les descendants d'esclaves dans l'intérieur de Bahia. Beaucoup de ces livres sont traduits en français. Pour prolonger la découverte, les musées du Brésil, dont le musée d'art moderne de Rio, et l'histoire de l'immigration européenne au Brésil éclairent le contexte dans lequel ces œuvres sont nées.
















