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Il y a 30 ans, cauchemar à Goiania!

 

 

Ces derniers jours, plusieurs reportages dans les journaux et à la télévision relataient un funeste événement : il y a 30 ans, survenait un très grave accident nucléaire à Goiânia!

 

L'échelle internationale de classement des événements nucléaires, l’INES, sert à mesurer la gravité d'un incident ou d'un accident nucléaire civil. Cette échelle compte huit niveaux de gravité notés de 0 à 7. Un écart est classé 0, un incident nucléaire est classé de 1 à 3, et un accident nucléaire, de niveau 4 à 7. L’accident nucléaire de Goiânia est considéré comme l’un des sept accidents les plus graves survenus sur la planète!

 

A ce jour dans le monde, deux accidents ont été classés au niveau 7, Tchernobyl en 1986 et la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011. Un seul a atteint le niveau 6, dans un complexe nucléaire russe en 1957. Après ces trois plus graves accidents, quatre ont été répertoriés au niveau 5 : un au Canada en 1952, un en Angleterre en 1957, un autre aux États-Unis en 1979 et enfin un dernier ici à Goiânia, au Brésil en 1987.

 

Et l'Agence internationale de l'énergie atomique, l'AIEA a déclaré cet accident nucléaire comme l'un des pires incidents radiologiques dans le monde. Contrairement aux autres accidents, celui de Goiânia ne s’est ni passé dans une centrale nucléaire, ni sur une base militaire, ni dans un centre de recherche ou dans l’industrie. Son scénario est digne d’un film de fiction. D’ailleurs en 1990, un film “Césium 137, le Cauchemar de Goiânia” s’est inspiré de l’évènement.

 

Que s'est-il passé? Vers la fin de 1985, un institut privé de radiothérapie de Goiânia, situé dans le centre de la ville déménage dans de nouveaux locaux, et laisse sur place un appareil de radiographie contenant du césium 137. Les locaux abandonnés ont ensuite été partiellement démolis et l'appareil est resté sans aucune protection. Le 13 septembre 1987, deux ferrailleurs pénètrent dans ces locaux désaffectés et y trouvent l’appareil en ignorant de quoi il s'agissait. Ils ont pensé qu'ils pourraient en tirer quelque argent en le vendant comme ferraille. Ils ont enlevé la source de la tête d'irradiation et l'ont emmenée chez eux pour la démonter. La capsule protégeant la source a été brisée et son contenu a été vendu à un marchand de ferraille qui n'a pas tardé à remarquer qu'il émettait une lueur bleue dans l'obscurité. Il y avait de quoi s'émerveiller et, pendant plusieurs jours, des enfants, amis et parents sont venus contempler le phénomène. Quelques fragments de la source ont fini chez d’autres personnes et ont été dispersés ça et là dans la ville.

 

Les premiers signes d’irradiation, vomissements et diarrhées, sont apparus dès le lendemain chez les deux ferrailleurs, suivis rapidement de lésions cutanées. D’autres membres des familles ont également souffert de troubles identiques. Ces ennuis de santé n’ont pas empêché les ferrailleurs de cisailler le barillet, ce qui a entraîné la libération de la poudre de césium. Les troubles physiques ne faisant qu’empirer, les familles atteintes ont consulté un médecin qui a diagnostiqué une pathologie tropicale. Le 23 septembre, une autre personne a été hospitalisée pour brûlures. L’origine radiologique de l’accident a alors été évoquée, mais réfutée par le médecin, qui a maintenu son diagnostic d’origine.

 

Ce n’est que quinze jours après, que des mesures de débit de dose ont été pratiquées : l’aiguille de l’appareil de mesure s’est immédiatement bloquée sur la butée, dès qu’il a été à proximité des maisons ou des personnes. L’alerte a finalement été donnée dans la nuit du 29 au 30 septembre.

 

Lorsque l'on s'est rendu compte de la gravité de la situation, des mesures ont été prises, mais bon nombre d'individus avaient déjà reçu de fortes doses d'exposition tant externe qu'interne. Quatre personnes sont décédées dans le mois après la découverte de la source et 249 personnes présentaient des contaminations importantes. En tout, 112.000 personnes, soit un dixième de la population de Goiânia à l’époque, furent examinées et 600 d’entre elles étaient encore sous surveillance médicale en 2003. Il a fallu démolir de nombreuses maisons et plusieurs autres bâtiments, et enlever la terre en surface à plusieurs endroits représentant quelque 3.500 mètres cubes de déchets radioactifs.

 

La décontamination de l’environnement, a nécessité le contrôle des maisons à un kilomètre à la ronde des lieux de l’accident et de 2.000 kilomètres de routes. D’octobre à décembre 1987, le bilan a démontré que 85 maisons avaient été contaminées, nécessitant l’évacuation de 200 personnes. La ville et ses environs n’ont été considérés assainis de façon acceptable qu’en mars 1988. Et plus de dix ans ont été nécessaires pour que les autorités trouvent une solution de stockage définitif des déchets constitués de 12.500 fûts et 1.500 conteneurs, à une trentaine de kilomètres de la ville. L’impact de l’accident fut très lourd, et l’économie de toute la région a été affectée.

 

Jean-Pol Rihoux

 

Extrait de "52 chroniques pour découvrir le Brésil"